Prévois ~1h00 sur place, avec une affluence 2/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
C'est l'une des rues les plus chics et paisibles de Montmartre, loin de la foule du Sacré-Cœur. Tu y verras de magnifiques maisons d'artistes et des impasses privées de rêve. Parfait pour une balade romantique en descendant vers le quartier Lamarck.
Histoire et contexte
L’avenue que tu vois aujourd’hui, large et cossue, porte l’empreinte d’un passé radicalement différent. Jusqu’au début du XXe siècle, cet emplacement abritait le maquis de Montmartre. Oublie l’idée d’une simple rue. Imagine plutôt un immense terrain vague, un bidonville avant l’heure, où s’entassaient dans des cabanes de fortune des chiffonniers, des ferrailleurs et quelques artistes sans le sou. C’était un lieu de misère, mais aussi de liberté totale, une zone hors du temps et des règles de Paris. Vers 1910, tout a basculé : la Ville a décidé de percer une nouvelle voie pour assainir le quartier. L’Avenue Junot est née de cette volonté hygiéniste, rasant les bicoques pour tracer une artère prestigieuse.
Pour comprendre l’avenue, garde en tête ce contraste entre son origine populaire et son destin bourgeois. Rapidement, des promoteurs y ont construit des hôtels particuliers et des immeubles luxueux. Ils ont attiré une clientèle aisée et des artistes déjà reconnus. Le projet initial visait encore plus haut : l’avenue devait se prolonger jusqu’au Sacré-Cœur, créant une perspective grandiose. Mais les habitants, attachés à leur village, se sont opposés. Le projet a été abandonné. C’est pourquoi l’avenue s’arrête si brusquement, au niveau de la rue Girardon. Cette histoire lui donne un caractère unique : une voie fastueuse qui se termine en impasse, comme si elle avait conservé le souvenir des limites de l’ancien maquis.
Ce qu’on y fait
L’Avenue Junot n’est pas une artère commerçante ou animée. C’est une balade architecturale à part entière. Elle te révèle un autre Montmartre, loin des foules de la place du Tertre. Ici, tu viens chercher le calme, observer les façades et ressentir l’atmosphère d’un Paris secret et privilégié. La promenade t’invite à ralentir. Lève les yeux. Tu y décelleras les détails qui racontent le passage des avant-gardes artistiques et des modes architecturales du XXe siècle. Tu t’immerges dans un Montmartre résidentiel, où le luxe est discret et l’histoire se lit sur les murs.
Le choc des styles : de l’Art déco au modernisme radical
L’avenue brille par son incroyable diversité architecturale. Chaque bâtiment semble vouloir se distinguer de son voisin, offrant un catalogue de styles passionnant. Le point culminant de cette balade reste la Maison de Tristan Tzara, au n°15. Construite en 1926 par l’architecte autrichien Adolf Loos, elle représente un manifeste du mouvement moderniste. Imagine le choc à l’époque : tandis que Paris jurait par les moulures et les balcons en fer forgé, Loos livrait un bâtiment cubique, presque nu, d’une sobriété radicale. C’était une commande du poète Tristan Tzara, l’un des fondateurs du mouvement Dada. La maison elle-même est une œuvre d’art, un geste architectural majeur qui a marqué son temps.
Juste à côté, au n°13, un style différent t’attend. Tu verras l’immeuble où vécut l’illustrateur Francisque Poulbot, célèbre pour ses dessins d’enfants des rues de Montmartre. Lève les yeux vers la façade : une charmante frise en mosaïque créée par l’artiste lui-même t’y attend. Un peu plus loin, au n°11, tu trouveras le Hameau des Artistes. Cette impasse privée, souvent fermée par une grille, regroupe plusieurs ateliers et pavillons dans un pur style Art déco. Même si tu ne peux qu’apercevoir l’entrée, cela te donne une idée de ces enclaves conçues pour les créateurs de l’entre-deux-guerres. D’autres artistes majeurs, comme le peintre surréaliste Max Ernst, ont aussi élu domicile sur l’avenue, confirmant sa vocation de refuge pour les avant-gardes.
Une campagne anglaise cachée : la Villa Léandre
En arpentant l’avenue, une surprise apparaît. Une petite impasse pavée, discrètement dissimulée, te transporte instantanément hors de Paris. C’est la Villa Léandre, un alignement de maisons de style anglo-normand qui évoque un village de la campagne anglaise. Le contraste avec l’architecture parisienne environnante surprend. Façades de brique, bow-windows, petits jardins soignés : tout concourt à créer une atmosphère bucolique et hors du temps. C’est un secret bien gardé de Montmartre, un lieu d’une quiétude absolue. L’accès demande un peu d’attention ; cherche une petite entrée discrète, souvent située au niveau du n°23 bis ou du n°25 de l’avenue Junot. Prends le temps de la parcourir à pied, en respectant la tranquillité des résidents. C’est une parenthèse douce dans ta balade.
Conseils pratiques
L’Avenue Junot est avant tout une balade résidentielle et contemplative. Ne t’attends pas à y trouver l’animation des rues commerçantes de Montmartre. Tu y trouveras très peu de boutiques ou de cafés. On vient pour y marcher, observer l’architecture et profiter d’un calme rare à Paris. C’est une facette méconnue du 18e arrondissement, une bulle de tranquillité au sein du bouillonnant quartier de Montmartre.
Le meilleur moment pour en profiter est un matin de semaine, par exemple le mardi matin, lorsque le silence est quasi total. Le dimanche après-midi, tu croiseras plus de promeneurs, mais l’ambiance reste très loin de la cohue du Sacré-Cœur. Comme c’est une voie publique, l’accès est gratuit et possible 24h/24. Respecte le calme des lieux, surtout en soirée. Une heure suffit pour parcourir l’avenue de bout en bout et faire un crochet par la Villa Léandre. Sois prévenu : certaines des plus belles cours ou impasses, comme le Hameau des Artistes au n°11, sont privées et souvent fermées par une grille. Il faudra te contenter de jeter un œil depuis l’extérieur.
Accessibilité
L’avenue est située sur la butte Montmartre. Cela implique une réalité physique à intégrer : la pente est présente. Si tu l’abordes depuis la rue Caulaincourt, la montée est raide. C’est un point à considérer si tu as des difficultés à te déplacer ou si tu es avec une poussette. La chaussée, goudronnée et en bon état, permet à un fauteuil roulant électrique de circuler sans problème. En revanche, pour un fauteuil manuel, la montée demandera un effort très important, voire l’aide d’un accompagnateur. Les trottoirs sont larges et agréables pour la promenade. Aucune information fiable n’est disponible concernant des aménagements spécifiques pour les personnes malvoyantes ou malentendantes.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille cette balade non pas pour ce qu’il y a à faire, mais pour ce qu’il y a à voir et à comprendre. En arpentant l’Avenue Junot, tu saisis le paradoxe de Montmartre : un ancien bidonville devenu l’une des artères les plus chics de Paris. C’est une leçon d’architecture et d’urbanisme à ciel ouvert, où tu passes d’une villa anglaise à un manifeste moderniste en quelques pas, le tout dans un calme absolu.











