Prévois ~1h30 sur place, avec une affluence 4/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Plus romantique et vallonné que le Père-Lachaise. Tu marches sous un pont métallique, c'est très graphique. Va saluer Dalida ou Degas. C'est un labyrinthe de pierre plein de charme, avec plein de chats qui se baladent. Une balade mélancolique mais très belle.
Histoire et contexte
L’histoire du lieu débute bien avant les sépultures, dans les sous-sols de la butte. Le Cimetière de Montmartre a été aménagé dans d’anciennes carrières de gypse, cette roche friable qui donna le plâtre de Paris. À la fin du XVIIIe siècle, après la Révolution, ces cavités béantes servaient de fosses communes improvisées, notamment pour les gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries en 1792. L’idée d’y créer un cimetière digne de ce nom est apparue face à la saturation des nécropoles du centre de Paris. Une première tentative eut lieu vers 1798 avec un modeste Champ du Repos, mais le lieu, mal organisé, fut rapidement abandonné.
Son inauguration officielle, sous le nom de cimetière du Nord, n’a eu lieu que le 1er janvier 1825. Elle a suivi un réaménagement complet mené par l’architecte Étienne-Hippolyte Godde. À l’époque, il était situé hors des limites de la capitale, au sein d’une commune de Montmartre encore rurale. Le cimetière que tu découvres aujourd’hui, avec son tracé vallonné et ses divisions en terrasses, hérite directement de ce passé de carrière. On se sent littéralement encaissé entre les rues, comme dans une bulle protégée du bruit de la ville.
Un élément a profondément transformé son paysage bien plus tard : le Pont Caulaincourt. Construit en 1888, ce viaduc métallique s’imposait pour relier les deux parties de la rue du même nom, que le cimetière coupait en deux. Le projet initial du baron Haussmann prévoyait de raser une partie des tombes, provoquant un tollé général. La solution du pont, qui enjambe élégamment la nécropole, a permis de préserver le lieu. Cette structure est aujourd’hui l’un des traits les plus singuliers et photogéniques du cimetière ; elle crée des perspectives uniques et une atmosphère quasi cinématographique.
Ce qu’on y découvre
Visiter le cimetière de Montmartre offre une expérience bien différente de celle du Père-Lachaise. Plus petit, avec ses 11 hectares et ses quelque 20 000 concessions, il dégage une atmosphère plus intime, presque bucolique. Tu y trouveras un calme surprenant, à deux pas de l’agitation de Pigalle. Tu y découvriras une topographie singulière et, surtout, la dernière demeure de l’âme artistique de la Butte.
Une topographie et une ambiance uniques
Ce qui frappe immédiatement, c’est son relief. Le cimetière se niche en contrebas des rues qui l’entourent, tel un jardin secret lové dans une cuvette. Ce dénivelé, hérité des anciennes carrières, compose un labyrinthe de petites allées en pente, d’escaliers de pierre et de terrasses où les tombes s’étagent. Le lieu est très arboré, planté de nombreux érables et tilleuls. Ces arbres forment une voûte végétale apaisante, particulièrement agréable en été. C’est une invitation à la flânerie, à te perdre sans but précis.
Le Pont Caulaincourt le survole, constituant une autre particularité. Depuis le pont, une vue plongeante sur une partie des sépultures s’offre à toi, un panorama étonnant qui mêle le fer, la pierre et la végétation. En te promenant sous le pont, l’ambiance se transforme : la lumière se fait plus rare, le son des voitures étouffé. Les tombes prennent alors une allure plus secrète, comme protégées par cette immense structure métallique. Enfin, le lieu accueille aussi une population de chats, souvent nourris par des associations locales. Leur présence discrète et indépendante ajoute au charme un peu bohème et intemporel de cette nécropole.
La nécropole des artistes de la Butte
Plus que tout autre, ce cimetière incarne l’esprit de Montmartre. Tu y croises les traces des artistes qui ont vécu, créé et tissé la légende du quartier. C’est une immersion dans l’histoire de la peinture, de la musique, du cinéma et de la littérature française.
La tombe la plus visitée et la plus spectaculaire est celle de Dalida. Située dans la 18e division, tu ne peux la manquer : une statue de la chanteuse grandeur nature, comme nimbée de rayons de soleil dorés, domine la sépulture. C’est un point de ralliement pour ses admirateurs. Non loin, dans un tout autre style, reposent Michel Berger et France Gall. Leur tombe, protégée par une grande structure de verre, se distingue par sa sobriété.
Le cinéma occupe une place importante ici, avec la sépulture de François Truffaut, l’un des maîtres de la Nouvelle Vague, qui vécut une partie de sa vie dans le quartier. Tu peux aussi te recueillir sur la tombe du peintre impressionniste Edgar Degas, dont la concession familiale est d’une grande simplicité, ou encore sur celles de compositeurs comme Hector Berlioz et Jacques Offenbach. La littérature trouve sa place avec Stendhal, même si sa tombe a dû être déplacée à cause de la construction du pont. C’est un Panthéon des arts, à taille humaine et à ciel ouvert.
Les tombes à ne pas manquer
Au-delà des grands noms, certaines sépultures retiennent l’attention par leur histoire ou leur singularité. Le cénotaphe d’Émile Zola en est un exemple. L’écrivain fut bien inhumé ici en 1902, mais ses cendres furent transférées au Panthéon en 1908. La tombe familiale est cependant restée, surmontée d’un buste en bronze, et abrite toujours son épouse. Ce tombeau vide rend hommage à sa mémoire.
N’hésite pas à chercher la dernière demeure de figures emblématiques de la vie montmartroise. La plus célèbre est Louise Weber, dite La Goulue, la danseuse star du Moulin Rouge immortalisée par Toulouse-Lautrec. Après une fin de vie misérable, elle repose désormais dans un lieu digne d’elle. D’autres personnages insolites y sont inhumés, comme Adolphe Sax, l’inventeur du saxophone, ou Alphonsine Plessis, la courtisane qui a inspiré à Alexandre Dumas fils le personnage de La Dame aux Camélias. Chaque allée peut réserver une surprise, la découverte d’un nom évoquant une page de l’histoire de Paris.
Conseils pratiques
Pour t’orienter dans le cimetière, récupère le plan gratuit disponible à la loge du gardien. L’entrée principale se trouve au 20 avenue Rachel. Le lieu est un vrai dédale ; sans ce plan, qui localise les tombes les plus célèbres, tu risquerais de tourner en rond et de manquer l’essentiel. Une deuxième entrée, moins connue, existe au 3 rue Ganneron. Pour une visite sereine, privilégie un matin de semaine, comme le mardi. Le week-end, et notamment le samedi après-midi, l’affluence est plus marquée, même si elle reste bien plus modérée qu’au Père-Lachaise.
L’entrée est entièrement gratuite. Prévois environ 90 minutes pour parcourir les sépultures principales sans te presser. Si tu aimes flâner, tu peux facilement y passer plus de deux heures. Cette visite est une étape idéale lors d’une balade dans le quartier de Montmartre, pour t’éloigner un peu de la foule du Sacré-Cœur et de la place du Tertre. L’intégrer à une journée dans le 18e arrondissement est une excellente idée. Elle t’offrira une facette authentique et poétique de la Butte.
Un terrain difficile d’accès
Soyons clairs sur ce point : le cimetière de Montmartre n’est pas un lieu facile d’accès pour tout le monde. Son implantation dans une ancienne carrière lui confère son charme, mais aussi ses contraintes. Le terrain est très accidenté, avec de nombreuses allées en pente, parfois raides, et de multiples escaliers pour passer d’une division à l’autre. Le sol est souvent pavé et peut être irrégulier.
Pour les personnes ayant des difficultés à marcher, la visite peut être fatigante. Pour les personnes en fauteuil roulant, elle est extrêmement complexe, voire impossible dans de nombreuses zones sans une aide très solide. Les allées principales sont praticables, mais explorer les divisions en terrasses est quasiment inenvisageable. Garde cette limite en tête avant de planifier ta visite.
Pourquoi je te le conseille
Je te le conseille si tu cherches une alternative plus intime et romantique au Père-Lachaise. C’est une parenthèse hors du temps, où le Paris des artistes du XIXe siècle semble encore flotter entre les tombes et sous l’ombre du grand pont métallique. Tu y viens pour le calme, pour la beauté mélancolique du lieu, et pour sentir, le temps d’une promenade, l’âme profonde de Montmartre, loin des clichés touristiques.











