
Prévois ~1h00 sur place, avec une affluence 3/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
(Attention, c'est actuellement fermé pour travaux). Mais note-le pour plus tard : c'est une vraie pagode japonaise transformée en cinéma avec un jardin zen. Un lieu mythique et totalement insolite à Paris. Espérons que la réouverture garde cette magie unique.
Histoire et contexte
L’histoire de ce lieu débute avec un geste singulier. En 1896, alors que le japonisme fascine toute l’Europe, François-Émile Morin, le directeur du grand magasin Le Bon Marché, fait édifier une véritable pagode pour son épouse. Ce projet, une folie architecturale, est confié à Alexandre Marcel. L’architecte imagine un pavillon de fête somptueux, intégrant des boiseries et des panneaux décoratifs importés directement du Japon. Au cœur du classique 7e arrondissement, l’immersion est immédiate. Pourtant, le couple n’en profitera qu’un an : après l’inauguration, Mme Morin quitte son mari. La pagode devient alors une salle de réception privée, puis elle tombe dans l’oubli.
Il faut attendre 1931 pour que le lieu trouve sa nouvelle identité. La pagode est transformée en salle de cinéma, la seule du quartier. Elle s’établit vite comme un haut lieu du cinéma d’Art et Essai à Paris, un refuge pour les cinéphiles en quête de films en version originale et de programmations audacieuses. Durant l’Occupation, ses portes se ferment ; ses passages secrets servent alors aux résistants. À la Libération, elle rouvre et confirme son importance. Jean Cocteau y présente en avant-première Le Testament d’Orphée en 1959. Puis les grands noms de la Nouvelle Vague, de François Truffaut à Éric Rohmer, y sont projetés. Le cinéaste Louis Malle, charmé par l’endroit, participera même à sa modernisation en 1972, en y aménageant une seconde salle en sous-sol.
© Fabrice TrinitéL’établissement
La première surprise vient de l’extérieur. En arpentant la très chic rue de Babylone, tu ne t’attends pas à ce spectacle : un authentique toit de pagode japonais, avec ses tuiles vernissées et ses pointes recourbées, émerge au-dessus d’un mur d’enceinte. Ce contraste saisissant signe la singularité du cinéma La Pagode Paris. L’édifice a été pensé comme une immersion complète, une pièce d’Asie transplantée en plein cœur de la capitale. L’architecte Alexandre Marcel a soigné chaque détail, intégrant des éléments décoratifs authentiques, créant une ambiance distinctive avant même l’entrée dans la salle.
Au cœur de cet ensemble se trouve la salle japonaise historique. Imagine un espace intime, entièrement orné de laques, de dorures, de soieries et de panneaux peints figurant des scènes de batailles ou des paysages. Un immense lustre et des vitraux complètent ce décor qui t’emporte loin, très loin de Paris. C’est dans cet écrin que des générations de spectateurs ont découvert des chefs-d’œuvre du septième art. L’autre atout du lieu était son jardin zen, un havre de paix dissimulé derrière les murs, où tu pouvais prendre un thé avant ou après la séance. Cet équilibre entre l’édifice et son jardin créait une immersion totale, une véritable parenthèse hors du temps.
© Fabrice TrinitéUn projet de renaissance ambitieux
Fermé au public depuis novembre 2015, le lieu a évité la décrépitude grâce à son rachat en 2017. Le nouveau propriétaire, le producteur américain Charles S. Cohen, a entrepris un vaste projet de restauration. Son but est de rendre au cinéma sa splendeur d’antan tout en le modernisant. Le chantier, complexe et de longue haleine, doit aboutir à une réouverture complète. La salle japonaise historique sera restaurée à l’identique, une excellente nouvelle pour les amoureux du patrimoine.
Ce projet inclut aussi la création de deux nouvelles salles de projection en sous-sol. La capacité totale du cinéma sera portée à quatre écrans, ce qui permettra une programmation plus riche et plus variée. Le jardin occupe également une place centrale. Il sera entièrement recréé pour restituer l’esprit du jardin japonais imaginé par Alexandre Marcel. Mais l’entreprise n’a pas été sans difficultés : en 2020, l’abattage d’arbres centenaires, nécessaire aux travaux en sous-sol, a déclenché une vive polémique. Le futur jardin sera donc une création nouvelle, fidèle à l’esprit d’origine, mais il ne pourra remplacer la poésie des arbres qui avaient traversé plus d’un siècle. L’objectif clair est de faire renaître ce lieu emblématique en l’adaptant aux normes et aux attentes actuelles, notamment en matière d’accessibilité.
© Fabrice TrinitéLa programmation
Historiquement, La Pagode fut le temple du cinéma d’auteur. Sa programmation exigeante lui a bâti une solide réputation auprès des cinéphiles parisiens. C’était l’adresse de référence pour les films de Bergman, les œuvres de la Nouvelle Vague, ou les productions internationales audacieuses boudées par les grands circuits. Le lieu a toujours défendu une idée précise du septième art, privilégiant la vision d’un réalisateur et l’originalité du propos. Les films y étaient systématiquement projetés en version originale sous-titrée, une tradition qui sera maintenue à la réouverture.
Le futur cinéma La Pagode s’inscrit pleinement dans cet héritage. Sa programmation mettra à l’honneur les films dits patrimoniaux, ces classiques restaurés qui méritent d’être redécouverts sur grand écran. Il continuera aussi de défendre le cinéma d’art et d’essai contemporain, français et international. Grâce à ses quatre salles, l’offre sera plus étendue qu’auparavant. Attends-toi à une programmation diversifiée, avec des rétrospectives, des cycles thématiques et des rencontres. Des séances dédiées au jeune public, notamment le week-end, sont aussi prévues. L’ambition est limpide : redevenir un lieu de vie cinéphilique majeur à Paris, où l’on vient autant pour le film que pour son cadre unique. Le public visé restera celui des curieux et des passionnés, loin des amateurs de blockbusters en version française.
Conseils pratiques
Retiens ce point essentiel : le cinéma La Pagode Paris est actuellement fermé pour travaux. Il est totalement inaccessible au public. Sa réouverture est annoncée pour octobre 2025. Sois vigilant avec cette date : comme pour tout grand chantier de restauration d’un monument historique, des retards sont toujours possibles. Pense à vérifier cette information à l’approche de la date avant de planifier ta visite. Une fois rouvert, le lieu redeviendra le seul cinéma du quartier des Invalides.
Les informations pratiques, telles que les tarifs ou les horaires des séances, seront communiquées à l’approche de la réouverture. Historiquement, l’endroit était très prisé ; il est donc probable que la réservation en ligne soit fortement recommandée, surtout le week-end et pour les films les plus attendus. La durée de ta visite dépendra du film que tu iras voir. Prévois cependant un peu plus de temps pour profiter du jardin et de l’atmosphère singulière de ce cinéma insolite à Paris.
Accessibilité et chantier
L’accessibilité est un enjeu majeur de cette rénovation. Par le passé, l’accès pour les personnes à mobilité réduite était très complexe. Le projet de restauration actuel vise une mise aux normes complète, afin que chacun puisse profiter du lieu à sa réouverture. Les détails techniques, comme la présence d’ascenseurs ou de rampes, seront confirmés à la fin des travaux. Le cinéma est situé au cœur du 7e arrondissement, un quartier calme et agréable, facilement accessible en transports en commun, notamment via la station de métro Saint-François-Xavier.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille de garder ce lieu à l’esprit pour sa réouverture. Il promet une expérience rare, celle d’un dépaysement absolu. En franchissant la porte de La Pagode, tu ne fais pas qu’entrer dans un cinéma ; tu quittes Paris l’espace d’un instant. Tu viens pour un film, mais tu découvres aussi une folie architecturale du XIXe siècle, un jardin zen discret et l’histoire d’un lieu qui a toujours mis en avant un cinéma singulier.













