Prévois ~2h00 sur place, avec une affluence 3/5, et un accès facile depuis Paris intra. Réservation conseillée pour une visite sans stress.
Jean Cocteau en a dessiné les luminaires ! C'est le cinéma le plus romantique de Montmartre. La salle est belle, mais le jardin d'hiver où l'on peut boire un verre avant le film est encore mieux. Une adresse d'initiés, loin des foules.
Histoire et contexte
Le Studio 28 ouvre ses portes en février 1928, au 10 rue Tholozé. Dès le départ, sa mission est claire : devenir la première salle de cinéma d’avant-garde de Paris. Son fondateur, Jean-Placide Mauclaire, y voit un espace dédié à la recherche cinématographique. Très vite, le lieu fédère les artistes qui bousculent les conventions, de Luis Buñuel à Jean Cocteau, sans oublier le cinéaste Abel Gance. Ici, on projette des œuvres audacieuses, loin des circuits commerciaux, dans une salle qui comptait à l’origine 400 places.
Le 3 décembre 1930 marque un tournant brutal. Ce soir-là, la projection de L’Âge d’Or, un film surréaliste co-réalisé par Luis Buñuel et Salvador Dalí, tourne au scandale. Des membres de la Ligue des Patriotes et de la Ligue anti-juive interrompent la séance. Choqués par ce qu’ils jugent blasphématoire et anti-bourgeois, ils lancent des bombes puantes, maculent l’écran d’encre et lacèrent les toiles de Dalí et Max Ernst exposées dans le hall. Le cinéma est en partie saccagé. Quelques jours plus tard, la police saisit le film, qui restera interdit en France pendant près de 50 ans. Cette violence, paradoxalement, ancre le Studio 28 dans la légende du cinéma subversif.
Après la guerre, en 1948, les frères Roulleau reprennent le cinéma et lui redonnent vie. Ils le rénovent entièrement et l’inaugurent en 1950. Deux parrains prestigieux, Abel Gance et Jean Cocteau, sont présents pour l’occasion. C’est alors que Cocteau, qui le qualifiait de « salle des chefs-d’œuvre, le chef-d’œuvre des salles », dessine les célèbres luminaires qui parent encore aujourd’hui la salle. Le Studio 28 redevient un haut lieu du cinéma d’Art et Essai, une vocation jamais démentie depuis.
L’établissement
Lorsque tu pousses la porte du cinéma Studio 28, tu ne fais pas que pénétrer une salle obscure. Tu acceptes une invitation à voyager dans le temps. Oublie l’anonymat des multiplexes : tu découvres ici une salle unique de 172 places, à l’atmosphère feutrée et intimiste. Ce lieu possède une âme, que tu ressens dans le velours des fauteuils, les boiseries discrètes et la lumière si particulière des lustres suspendus au plafond. Il cultive une élégance rare, celle d’un cinéma de quartier qui a traversé les époques sans rien perdre de son identité.
Chaque détail raconte une histoire. Le hall d’entrée t’immerge immédiatement dans le passé glorieux du cinéma, avec ses affiches anciennes et ses photos d’archives. L’expérience va bien au-delà de la simple projection. On ne vient pas seulement au Studio 28 pour un film. On vient aussi pour s’imprégner d’une ambiance, pour participer à ce rituel que chérissent les habitués du quartier comme les cinéphiles de passage.
Les lustres de Jean Cocteau, une signature unique
Regarde au-dessus de ta tête : tu y découvriras le véritable trésor de la salle. En 1950, quand Jean Cocteau accepte de parrainer le cinéma, il fait plus que prêter son nom. L’artiste, poète et cinéaste, dessine lui-même les six grands lustres qui illuminent la salle. Leurs formes organiques et oniriques évoquent des méduses de verre ou des créatures marines fantastiques, suspendues dans les airs. Plus que de simples luminaires, ces créations constituent une œuvre d’art à part entière, une signature visuelle qui rend le lieu exceptionnel.
Lorsque la lumière baisse avant la projection, ces lustres s’éteignent lentement. C’est un moment de pure magie. Ils incarnent l’esprit du lieu : un pont entre le cinéma et les autres arts, un hommage permanent à l’un de ses plus grands poètes. Les observer te fait déjà entrer dans un monde imaginaire, avant même que le film ne commence. Ce détail change tout et rend chaque séance ici un peu plus spéciale.
Le bar et son jardin d’hiver, une parenthèse hors du temps
Le Studio 28 abrite un autre secret : son bar et son petit jardin d’hiver. Accessible depuis le hall, cet espace offre une bulle de tranquillité inattendue, une oasis cachée en plein Montmartre. Ce lieu charmant, avec ses quelques tables, ses plantes vertes et sa décoration soignée, évoque les salons d’antan. Tu peux y prendre un verre avant ou après la séance, ou même grignoter une part de quiche ou de tarte maison.
C’est l’endroit parfait pour discuter du film que tu viens de voir, lire un livre en attendant la séance ou simplement profiter d’un moment de calme. Le jardin d’hiver, protégé par une verrière, est baigné d’une lumière douce, ce qui le rend particulièrement agréable. Cet espace, aussi essentiel que la salle elle-même pour l’identité du Studio 28, enrichit ta sortie cinéma. Y faire une pause fait partie intégrante du plaisir.
Un lieu d’histoire à la pointe de la technologie
Le Studio 28 fascine par son paradoxe. Son décor est chargé d’histoire, presque inchangé depuis les années 50. Pourtant, il affiche une exigence technique résolument moderne. Ne te fie pas à son apparence vintage : la qualité de projection est irréprochable. Le Studio 28 a même été le premier cinéma public de Paris à s’équiper d’un projecteur numérique 4K. Un choix audacieux qui prouve que respect du patrimoine et excellence technologique peuvent aller de pair.
Ce contraste est saisissant. Tu es assis confortablement, sous les lustres de Cocteau, et tu regardes un film projeté avec une définition d’image et une qualité sonore que bien des salles plus modernes envieraient. Ce n’est pas un musée figé. C’est un cinéma vivant, qui se bat pour offrir la meilleure expérience à son public, alliant le charme de l’ancien au meilleur de la technologie actuelle.
La programmation
Classé Art et Essai, le Studio 28 propose une programmation qui reflète cette identité forte. Oublie les blockbusters hollywoodiens à leur sortie. Ici, tu découvres une sélection exigeante et passionnante : films d’auteur, documentaires, classiques restaurés et pépites du cinéma mondial. La grille des programmes équilibre nouveautés (souvent présentées quelques semaines après leur sortie nationale) et rétrospectives dédiées à de grands cinéastes.
Le cinéma organise très régulièrement des avant-premières, souvent en présence des équipes des films : réalisateurs, acteurs. Ces rencontres vont au-delà d’une simple séance. Elles créent un moment d’échange et de partage, renforçant le lien entre les créateurs et le public. C’est cette dimension humaine et cinéphile qui fait la force du Studio 28. On y vient pour découvrir, pour être surpris et pour discuter de cinéma.
L’aura du lieu est telle qu’il a lui-même servi de décor de cinéma. Si la salle te semble familière, c’est probablement parce que tu l’as aperçue dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Jean-Pierre Jeunet y a tourné une scène culte, où Amélie observe les visages des spectateurs illuminés par le projecteur. Ce clin d’œil a largement contribué à la renommée internationale du cinéma, en faisant un repère recherché par les amateurs du film visitant Montmartre.
Conseils pratiques
Arrive au moins 30 minutes avant le début de ta séance. Ce temps te permettra de profiter de ce qui rend l’expérience du Studio 28 si spéciale : prendre un verre dans son bar et son jardin d’hiver. S’installer tranquillement dans ce cadre charmant avant de rejoindre la salle est un vrai plaisir. Attention : les horaires du bar ne sont pas toujours alignés sur ceux des séances, surtout en semaine. Une vérification rapide peut t’être utile.
La réservation en ligne est fortement conseillée, surtout pour une séance le week-end en soirée ou une avant-première. La salle ne compte que 172 places et se remplit très vite pour les films attendus. Le mercredi après-midi, jour des sorties nationales, est le moment le plus calme pour profiter du lieu. À l’inverse, le samedi soir est logiquement le plus fréquenté. Prévois environ 2 heures pour le film, et n’hésite pas à ajouter une bonne demi-heure pour l’avant ou l’après-séance au bar.
Accès, tarifs et points de vigilance
Soyons clairs sur un point essentiel : le cinéma Studio 28 est totalement inaccessible aux personnes en fauteuil roulant. Le site officiel l’indique sans ambiguïté. Tu trouveras des marches à l’entrée et un couloir en pente pour accéder à la salle. De plus, le cinéma se trouve sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement. La rue Tholozé est elle-même en pente, rendant l’accès difficile pour quiconque a des difficultés à se déplacer.
Côté tarifs, le plein tarif est de 11 €. Des réductions sont prévues pour les étudiants et les plus de 65 ans (9 €), ainsi que pour les moins de 15 ans (5 €). Sache bien que si tu es un habitué des cinémas parisiens, les cartes d’abonnement des grands réseaux (UGC, MK2, Gaumont-Pathé) ne sont pas acceptées. Le Studio 28 est un cinéma indépendant, avec son propre système de billetterie et sa propre carte d’abonnement. Prévois donc un autre moyen de paiement.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille ce lieu parce qu’il représente une immersion dans l’histoire de l’avant-garde artistique parisienne, bien au-delà d’une simple projection. C’est l’occasion de vivre une expérience cinématographique complète, romantique et intime. Le charme de son bar-jardin d’hiver et la qualité de sa projection 4K s’unissent pour t’offrir un moment vraiment à part, sous le regard unique des lustres de Cocteau.











