
Prévois ~30 min sur place, avec une affluence 1/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Un lieu de mémoire artistique important (l'École de Paris), en cours de réhabilitation. C'est là que Soutine et Modigliani ont travaillé. C'est encore un peu brut, mais ça respire l'histoire de l'art à chaque coin de mur.
Histoire et contexte
La Cité Falguière prend forme en 1861, alors que Paris connaît une profonde transformation. Cette année-là, Jules-Ernest Bouillot, sculpteur et collaborateur d’Alexandre Falguière, achète un terrain dans une zone encore peu urbanisée. Son idée est claire et audacieuse : bâtir des ateliers simples et les louer à prix modique à des artistes sans le sou, qui peinent à se loger. Dès 1871, les premières constructions voient le jour, offrant des espaces de travail et de vie rudimentaires, mais vitaux pour une génération de créateurs. Rapidement, la cité devient l’un des lieux emblématiques de la bohème artistique, qui délaisse peu à peu Montmartre pour s’établir à Montparnasse.
Au tournant du XXe siècle, cet endroit devient une pépinière pour l’École de Paris. Ce terme ne désigne pas un mouvement artistique à proprement parler, mais plutôt une communauté cosmopolite d’artistes, souvent étrangers et exilés, qui convergent vers la capitale française. La Cité Falguière incarne pleinement ce bouillonnement culturel. Dans ses murs modestes, des figures comme Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Constantin Brâncuși ou encore Tsuguharu Foujita se rencontrent, dialoguent et créent. Ils y trouvent un refuge, une entraide et une liberté essentielles à l’émergence de l’art moderne. Malgré des conditions de vie et de travail difficiles, l’effervescence créative y est immense.
© Fabrice TrinitéCe qu’on y fait
Venir à la Cité Falguière aujourd’hui, c’est d’abord faire un pas de côté. Tu ne t’aventures pas sur un site touristique balisé, mais dans une impasse privée et habitée. Ici, les souvenirs des artistes modernes se mêlent à la vie quotidienne des résidents actuels. L’expérience est discrète, presque contemplative. En quittant l’agitation de la rue, tu accèdes à un espace où le temps semble s’être ralenti. Il faut d’emblée accepter la réalité : la plupart des trente ateliers d’origine, faits de bois et de briques, ont disparu, remplacés dans les années 1960 par des immeubles résidentiels plus classiques. Ta visite consistera donc à dénicher les traces, à observer les quelques vestiges qui attestent de ce passé foisonnant et à t’imprégner de l’atmosphère d’un lieu qui a failli être rayé de la carte.
À la recherche des ateliers survivants
En parcourant l’impasse, ton regard sera rapidement attiré par les rares bâtiments épargnés par la modernisation. Seuls deux ateliers, aux numéros 9 et 11, subsistent réellement. Ils se distinguent nettement des constructions voisines par leur architecture modeste mais résolument fonctionnelle, entièrement conçue pour le travail de l’artiste. Tu reconnaîtras la silhouette typique de l’atelier parisien : une structure simple, sans ornement, et surtout une immense verrière orientée vers le nord. Cette disposition capte une lumière constante et homogène, indispensable aux peintres et sculpteurs.
Ces façades offrent plus qu’une curiosité architecturale ; elles sont un témoignage direct des conditions de vie de l’époque. Elles racontent la précarité, mais aussi l’ingéniosité d’une communauté qui a bâti son propre écosystème. Imaginer Modigliani ou Soutine derrière ces vitres, affrontant le froid et le dénuement, confère à la visite une profondeur singulière. Il ne s’agit pas d’admirer une œuvre achevée, mais de te connecter au lieu même qui a permis sa création. La Cité Falguière t’invite à un exercice d’imagination : superposer le Montparnasse des artistes au Paris d’aujourd’hui, en t’appuyant sur ces précieux fragments du passé.
© Fabrice Trinité
© Fabrice Trinité
© Fabrice TrinitéL’Atelier 11, la mémoire vivante de la Cité
L’Atelier 11 est le véritable poumon de la Cité Falguière actuelle. C’est le dernier des ateliers à avoir conservé son architecture et sa vocation artistique. Son histoire récente est celle d’un sauvetage. Menacé de destruction, comme les autres, lors des rénovations urbaines, il a été préservé grâce à la mobilisation d’une communauté d’artistes et de riverains, unis au sein de l’Association Cité Falguière. Aujourd’hui, cette association, en partenariat avec L’AiR Arts, pilote un projet ambitieux pour non seulement préserver ce lieu, mais aussi le faire renaître.
Ce projet de réhabilitation, soutenu par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern et la Fondation du patrimoine, vise à restaurer l’atelier pour en faire une résidence internationale d’art et de recherche. L’objectif est de perpétuer l’héritage de l’École de Paris en accueillant des artistes du monde entier, favorisant ainsi les échanges interculturels qui furent l’essence même de la Cité Falguière. Le lieu a d’ailleurs obtenu le label Patrimoine d’intérêt régional, une reconnaissance de sa valeur historique et culturelle. La visite de la Cité Falguière prend ici une autre dimension : tu ne contemples pas seulement un vestige, tu observes un patrimoine en pleine renaissance, un projet qui tisse des liens entre l’histoire et la création contemporaine.
© Fabrice TrinitéConseils pratiques
La Cité Falguière est une voie privée et résidentielle. Ta visite doit donc se dérouler dans le respect de la tranquillité des habitants. C’est une impasse accessible, mais il ne s’agit en aucun cas d’un musée à ciel ouvert. La visite se fait exclusivement depuis la rue. Tu ne pourras pas entrer dans les ateliers, à l’exception très rare de l’Atelier 11 qui ouvre parfois ses portes lors d’événements spécifiques, comme les Journées Européennes du Patrimoine. Si tu souhaites tenter ta chance, il est donc utile de vérifier en amont la programmation de l’association L’AiR Arts.
Comprends bien que la découverte du lieu est rapide. En 30 minutes, tu auras parcouru l’impasse, repéré les ateliers restants et lu les quelques panneaux informatifs. Le lieu est rarement fréquenté par les touristes, ce qui garantit une visite calme, loin de la foule. Pour une expérience enrichissante, intègre cette étape à une promenade plus large sur les traces des artistes de Montparnasse. La Cité Falguière constitue un excellent point de départ ou d’arrivée pour explorer ce quartier du 15e arrondissement, riche en ateliers, en cafés historiques et en lieux de mémoire. Garde également à l’esprit que l’Atelier 11 étant au cœur d’un projet de réhabilitation, des travaux pourraient être en cours lors de ta visite.
© Fabrice TrinitéAccessibilité
L’accès à la Cité Falguière se fait de plain-pied depuis la rue Falguière. L’impasse est plate et recouverte de pavés, bordée de trottoirs parisiens standards. La circulation y est donc possible avec une poussette ou en fauteuil roulant. Cependant, le revêtement pavé peut rendre la progression un peu moins confortable pour un fauteuil manuel. Pour les personnes malvoyantes ou malentendantes, il n’existe aucune information sur des dispositifs d’accessibilité spécifiques, la visite étant une déambulation libre dans un espace public non aménagé à cet effet.
© Fabrice TrinitéPourquoi je te le conseille
Je te conseille la Cité Falguière si tu cherches à toucher du doigt un morceau d’histoire de l’art à l’état brut, loin des circuits muséaux traditionnels. C’est une visite pour ceux qui préfèrent les traces aux monuments imposants. On y vient non pas pour le spectaculaire, mais pour ce qui subsiste : deux ateliers qui ont vu passer certains des plus grands artistes du XXe siècle, et un projet passionnant qui tente de faire revivre cet esprit créatif.















