Prévois ~30 min sur place, avec une affluence 1/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Une petite impasse derrière le Moulin Rouge où ont vécu Boris Vian et Jacques Prévert. C'est privé, mais la plaque à l'entrée et l'ambiance littéraire qui flotte autour en font un lieu de pèlerinage poétique pour les initiés.
Histoire et contexte
La Cité Véron porte le nom de Jean-Louis Véron, ancien maire de Montmartre en 1861, mais son essence est bien celle des artistes qui l’ont habitée. Au 94 boulevard de Clichy, cette impasse discrète fut d’abord connectée à son célèbre voisin : le Moulin Rouge. Au début du XXe siècle, elle abritait une partie des loges des danseuses et artistes du cabaret. C’était déjà un havre en coulisses, loin du tumulte du boulevard. Pourtant, son chapitre le plus marquant a commencé un demi-siècle plus tard, avec l’arrivée de deux figures majeures de la poésie française.
En 1953, Boris Vian est le premier à s’y installer. Il emménage avec sa femme Ursula Kübler au troisième étage du 6 bis, un petit immeuble au fond de l’impasse. Là, il écrit une partie de son œuvre, dont son roman L’Arrache-cœur, et compose des chansons devenues mythiques. Dès 1954, son ami Jacques Prévert le rejoint, s’installant dans le même immeuble. Les deux hommes, désormais voisins de palier, partagent un atout précieux : une terrasse commune qui offre une vue imprenable sur les toits de Paris et les ailes du Moulin Rouge. Cet espace devient vite le pivot de leur amitié, un foyer d’effervescence intellectuelle et artistique.
La terrasse est rapidement devenue le quartier général du Collège de Pataphysique, une « société de recherches savantes et inutiles » inspirée par l’œuvre d’Alfred Jarry. Imagine l’atmosphère de ces réunions, où absurde et poésie régnaient sans partage. Autour de Vian et Prévert, on croisait des figures majeures de l’avant-garde : les dramaturges Eugène Ionesco et Raymond Queneau, ou les peintres surréalistes Joan Miró et Max Ernst. La Cité Véron s’affirmait alors comme un laboratoire d’idées, un refuge vibrant pour l’imagination. Cet héritage perdure discrètement : la Fond’action Boris Vian et Fatras succession Jacques Prévert, les sociétés veillant sur les œuvres des deux poètes, y ont toujours leur siège.
Ce qu’on y fait
Pénétrer dans la Cité Véron Paris, c’est embrasser un contraste saisissant. Tu délaisses l’un des boulevards les plus bruyants et animés de la capitale. En quelques pas, un silence presque provincial te gagne. Le brouhaha urbain s’estompe, cédant la place à une quiétude inattendue. Ici, l’expérience tient moins de la visite classique que d’une immersion atmosphérique. Ce lieu ne se dévoile pas d’emblée avec des monuments ou des vues spectaculaires. Il se capte par le ressenti, et demande curiosité et imagination pour en apprécier tout le charme. Ta découverte s’articulera entre l’impasse elle-même et les points d’accès ouverts au public.
Une parenthèse végétale et poétique
L’impasse, courte de 80 mètres à peine, se révèle étroite et entièrement pavée. Elle est bordée de petits immeubles et de maisonnettes au charme désuet. Ce qui frappe d’abord, c’est l’omniprésence de la végétation. Lierre et vigne vierge escaladent les façades, des glycines débordent des petits jardins. L’ensemble crée une ambiance bucolique, presque sauvage. C’est une promenade simple, une invitation à flâner. Tu y observes les détails : une fenêtre ornée, un pot de fleurs sur un rebord, la lumière jouant à travers le feuillage. Si tu cherches un instant de calme ou un cadre intime pour une conversation, l’endroit est idéal. Ce caractère secret et son charme singulier en font une étape romantique discrète, loin de l’agitation des parcs parisiens.
Sur les traces de Vian et Prévert
Pour beaucoup, le cœur de l’expérience est de suivre les pas des deux poètes. Garde à l’esprit que tu ne visites pas un musée ici. L’appartement du 6 bis, siège des fondations, reste un lieu privé et ne se visite pas librement. Une plaque discrète rappelle toutefois le passage des deux artistes. L’intérêt du lieu est ailleurs : il réside dans l’évocation. Au fond de l’impasse, tu peux lever les yeux vers leurs fenêtres. Imagine la vie qui y bouillonnait : les soirées sur la terrasse, les discussions enflammées, le son de la trompette de Vian se mêlant au bruit lointain du cabaret. Cette immersion fait appel à ton imaginaire, un véritable pèlerinage littéraire pour les amateurs de leur œuvre. C’est là que la Cité Véron révèle sa singularité : elle préserve une mémoire artistique sans la figer en attraction touristique.
Deux lieux qui ouvrent la Cité
Heureusement, découvrir les lieux ne t’oblige pas à te sentir intrusif. Deux établissements, au numéro 4 bis, t’offrent une porte d’entrée légitime et accueillante.
Le Bar à Bulles est le plus connu. C’est le bar de la salle de concert La Machine du Moulin Rouge. Il se distingue par une superbe terrasse intérieure, un jardin secret niché au cœur de l’impasse, et un rooftop avec vue directe sur les ailes du Moulin. Un lieu parfait pour une pause. En y prenant un verre, tu savoures l’atmosphère singulière de la Cité en toute sérénité. C’est le meilleur moyen de t’imprégner de l’endroit.
Juste à côté, tu trouveras le Théâtre Ouvert. C’est le Centre National des Dramaturgies Contemporaines, un espace majeur pour la création théâtrale actuelle. Sa présence souligne le caractère culturel et artistique de l’impasse. Même si tu n’assistes pas à une représentation, la simple connaissance d’un tel lieu de création, niché là, participe à la magie de la découverte.
Conseils pratiques
Comprends d’abord ceci : la Cité Véron n’est pas une rue publique. C’est une impasse privée et résidentielle. Son accès depuis le boulevard est ouvert, mais toléré car elle dessert des établissements publics. Le respect des habitants est primordial. Adopte une attitude discrète, parle à voix basse et évite les allées et venues en groupe tard le soir. Pour découvrir l’impasse sans déranger, le meilleur conseil est de te rendre au Bar à Bulles. Tu auras ainsi une raison légitime d’être là, et tu pourras profiter du cadre paisiblement.
L’entrée est au 94 boulevard de Clichy, dans le 18e arrondissement, juste à gauche du Moulin Rouge. Située au sein du quartier de Pigalle, elle offre une étape intéressante pour sortir des sentiers battus. Privilégie une visite en journée. Tu apprécieras mieux la lumière et l’ambiance végétale. Pour une simple traversée et t’imprégner de l’atmosphère, 15 à 30 minutes suffisent amplement. Si tu souhaites t’arrêter au bar, prévois plus de temps. L’accès à l’impasse est gratuit, évidemment.
Gère tes attentes : le charme de la Cité Véron Paris est très subjectif. Sans sensibilité particulière pour l’histoire littéraire de Vian et Prévert, le lieu pourrait te sembler anodin, voire décevant. Certains le trouvent même sans grand intérêt. N’attends pas un monument spectaculaire, mais plutôt une atmosphère à saisir. Cette visite s’adresse aux curieux, aux amoureux de la poésie et à ceux qui cherchent les recoins secrets de Paris. Enfin, sois prévenu : la propreté de l’impasse peut varier. L’entretien peut laisser à désirer certains jours, et des avis mentionnent des odeurs désagréables. Mieux vaut le savoir pour éviter les surprises.
Accessibilité
L’accès à la Cité Véron, depuis le boulevard de Clichy, se fait par une pente douce. Cependant, le sol est entièrement pavé. Ces pavés, parfois inégaux, combinés à l’étroitesse de la ruelle, peuvent compliquer la circulation pour une personne en fauteuil roulant, surtout manuel. Un accompagnement pourrait être nécessaire pour un confort optimal. Pour les personnes malvoyantes ou malentendantes, aucune information fiable concernant d’éventuels dispositifs n’est disponible.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille la Cité Véron pour l’expérience du contraste absolu. C’est une bulle de silence et de poésie, suspendue à quelques mètres seulement de l’agitation permanente de Pigalle. Ne t’attends pas à une visite de musée. Ce lieu t’invite plutôt à imaginer la vie de deux géants de la littérature française dans leur refuge, avec les ailes du Moulin Rouge pour seul horizon. C’est une parenthèse qui récompense ta curiosité.











