Prévois ~15 min sur place, avec une affluence 3/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Une façade néo-mauresque incroyable en plein Paris haussmannien. Les céramiques bleues et les arcs en fer à cheval sont sublimes. C'est juste une curiosité à voir en passant, mais quelle surprise !
Histoire et contexte
Cette façade est le seul vestige du Hammam, bains turco-romains, un établissement de luxe inauguré le 16 mars 1876. Son apparition ne doit rien au hasard. En pleine Belle Époque, un an seulement après l’inauguration en grande pompe de l’Opéra Garnier (situé à quelques pas), le quartier devient l’épicentre de la vie mondaine. Les architectes Albert Duclos et William Klein ont su capter l’air du temps. Ils ont saisi une double tendance : la mode de l’orientalisme, qui faisait fureur dans les arts et la décoration, et le développement de l’hygiénisme, promouvant les bienfaits de l’eau et des soins du corps. Leur projet n’était pas de simples bains publics, mais un temple du bien-être et du paraître, paré d’un exotisme rêvé.
Le succès fut immédiat. Le Hammam est vite devenu le rendez-vous du gotha politique, financier et artistique de Paris. On y croisait des hommes d’État comme Léon Gambetta ou le baron Haussmann, des aristocrates comme le duc d’Aumale ou le baron de Rothschild, et même des têtes couronnées en visite, tel le futur roi d’Angleterre Edouard VII. L’établissement offrait un luxe inédit : hydrothérapie, massages, piscine d’eau de source, étuves. Mais aussi un restaurant, un salon de coiffure, une cave à vins et des cigares réputés. Ce lieu de pouvoir et de détente voyait les affaires se traiter au milieu des vapeurs du bain. Les femmes, elles, y avaient accès certains jours, mais par une entrée séparée et plus discrète, au 47 boulevard Haussmann, un détail qui en dit long sur les mœurs de l’époque.
L’aventure s’achève brutalement en 1954, quand le hammam ferme ses portes. Lors de la rénovation de l’immeuble, une décision aujourd’hui impensable est prise : tous les décors intérieurs, décrits comme somptueux et dont quelques photographies sont conservées au Musée Carnavalet, sont entièrement détruits. Seule la façade, tel un décor de théâtre sauvé des flammes, est épargnée. Un arrêté du 30 décembre 1977 l’inscrit finalement au titre des Monuments Historiques, préservant ainsi pour la postérité ce témoignage unique d’un Paris disparu.
Ce qu’on y découvre
Au 18 rue des Mathurins, tu ne viens pas chercher une visite, mais une surprise. Au milieu de l’alignement sobre et puissant des immeubles haussmanniens, cette façade surgit comme une anomalie. C’est une porte ouverte sur un Orient de fantaisie. Cette curiosité architecturale t’invite à faire une pause de quelques minutes pour observer un morceau de l’histoire mondaine de Paris, en plein air et en accès libre.
L’architecture, un voyage immobile
La façade de l’ancien hammam rue des Mathurins offre un exemple remarquable de style néo-mauresque. Sa composition riche et dépaysante rompt délibérément avec les codes parisiens. Lève les yeux et prends le temps de détailler les éléments singuliers. Les ouvertures du premier étage sont dessinées en arcs outrepassés, aussi appelés « arcs en fer à cheval », une signature de l’architecture mauresque. Ces arcs sont soulignés par des claveaux bicolores et entourés de frises de céramiques.
La couleur frappe immédiatement. De délicates mosaïques aux tons bleus et ocre ornent les allèges (la partie du mur sous les fenêtres) et les bandeaux qui courent le long de l’édifice. Elles apportent une touche de préciosité et de chaleur qui contraste avec la pierre de taille des voisins. Observe aussi les ferronneries des balcons et des garde-corps. Leurs motifs complexes et géométriques s’inspirent directement des moucharabiehs, ces claustras de bois typiques de l’architecture arabe qui permettent de voir sans être vu. Chaque détail, des colonnettes fines aux motifs floraux sculptés, évoque un ailleurs rêvé, un palais des Mille et Une Nuits en plein Paris des affaires et des théâtres.
Imaginer le luxe disparu
Contempler cette façade est aussi un exercice d’imagination. Derrière ces murs, il ne reste rien des décors d’antan. Mais en te postant sur le trottoir, tu peux essayer de reconstituer le spectacle. Imagine les calèches et les premières automobiles déposant des hommes en chapeau haut-de-forme devant cette entrée. Pense aux conversations feutrées dans les salons de repos, aux nuages de vapeur dans les étuves, au clapotis de l’eau dans la piscine.
Cette façade est tout ce qui reste d’un monde. Elle se dresse comme le prologue d’un livre dont toutes les pages ont été arrachées. C’est ce qui la rend à la fois fascinante et un peu mélancolique. Plus qu’une architecture exotique, elle te raconte une histoire de luxe, de modernité et de fragilité du patrimoine. Ce témoin silencieux te rappelle que Paris a eu mille visages, et que certains, comme celui-ci, ne tiennent plus qu’à un fil, ou plutôt, à une façade.
Conseils pratiques
Comprends bien d’emblée la nature du lieu : il s’agit uniquement d’une façade. Il n’y a absolument rien à visiter à l’intérieur. L’immeuble abrite aujourd’hui des bureaux et des logements, tous les décors originaux du hammam ayant été détruits en 1954. C’est une curiosité architecturale à observer depuis la rue, le temps d’une pause de 15 minutes maximum. Ne prévois pas ce lieu comme une destination principale, mais plutôt comme une étape surprenante et gratuite lors d’une balade dans le quartier Opéra – Grands Boulevards.
L’observation se fait depuis le trottoir de la rue des Mathurins, une artère assez passante du 9e arrondissement. Il n’y a pas de meilleur ou de pire moment, mais la lumière du jour est indispensable pour apprécier les couleurs des céramiques et la finesse des détails. C’est une découverte qui se prête parfaitement à une flânerie entre la Gare Saint-Lazare et l’Opéra Garnier. Le trottoir, standard, est accessible aux personnes en fauteuil roulant. Cela permet à tout le monde de s’arrêter pour admirer l’édifice.
À qui s’adresse cette découverte ?
Soyons clairs : cette façade ne plaira pas à tout le monde. Si tu cherches une activité, une visite intérieure ou une expérience interactive, tu seras déçu. En revanche, si tu es un amateur d’architecture, curieux de l’histoire de Paris, ou simplement un flâneur aimant lever le nez pour dénicher des trésors cachés, alors cette découverte est faite pour toi. Ce détail enrichit une promenade, une pépite pour ceux qui apprécient les petites histoires que la ville raconte à qui sait regarder. C’est une expérience purement contemplative, d’autant plus appréciable si tu connais l’histoire étonnante qui se cache derrière ces murs.
Situé dans le quartier Opéra – Grands Boulevards et le 9e arrondissement de Paris, Façade – Ancien Hammam (18 Rue des Mathurins) est accessible facilement en transports en commun.
Pourquoi je te le conseille
Je te recommande cette façade car elle se dresse comme une anomalie poétique dans le grand ordonnancement haussmannien. C’est un fragment de rêve oriental qui a survécu à la destruction, un portail vers un Paris disparu, celui du luxe et des mondanités de la Belle Époque. S’arrêter devant, c’est s’offrir un petit voyage dans le temps, gratuit et inattendu.











