
Prévois ~1h00 sur place, avec une affluence 1/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Un palais néoclassique près du parc Monceau. Les salons sont grandioses. C'est le siège d'une fondation, donc on y entre pour des colloques ou les JEP. L'architecture respire la grande bourgeoisie du XIXe siècle.
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Histoire et contexte
L’histoire de ce lieu se divise en deux chapitres distincts de l’histoire de Paris. Le premier débute sous le Second Empire avec les frères Émile et Isaac Pereire, des financiers et industriels audacieux qui ont façonné une partie de la capitale. Ils furent des acteurs majeurs de l’une des plus grandes opérations immobilières de l’époque : le lotissement de la Plaine Monceau. En rachetant une partie des terrains de l’ancienne folie de Chartres à la famille d’Orléans, ils ont transformé cette zone de l’ouest parisien en un quartier luxueux. Ils y ont dessiné le Parc Monceau et vendu les parcelles avoisinantes à la haute bourgeoisie d’affaires. C’est dans ce cadre, sur un de ces terrains privilégiés, que le fils d’Émile, Émile II Pereire, fit construire cet hôtel particulier entre 1879 et 1881.
La famille Pereire y résida jusqu’en 1941. Ensuite, l’hôtel connut plusieurs vies : il fut loué au ministère de la Production industrielle, puis réquisitionné à la Libération. En 1947, les Charbonnages de France le rachetèrent. Il faut attendre 1975 pour que s’ouvre le second chapitre de son histoire, avec son acquisition par Simone Del Duca. Elle y installa la fondation qu’elle venait de créer en hommage à son mari, Cino Del Duca. Ce personnage parti de rien en Italie était devenu un magnat de la presse française, à la tête d’un empire incluant des titres populaires comme Nous Deux ou TéléPoche. À sa mort en 1967, Simone reprit les rênes du groupe avant de se consacrer entièrement à la philanthropie. Le bâtiment passa ainsi des mains des bâtisseurs du Paris industriel à celles des mécènes des arts et des sciences.
© Fabrice TrinitéCe qu’on y découvre
Visiter l’Hôtel Pereire Fondation Del Duca permet de pénétrer un lieu qui présente deux facettes. Tu y découvres un des beaux exemples d’hôtel particulier de la Plaine Monceau, témoin de la puissance de la bourgeoisie du XIXe siècle. Tu y vois aussi le siège d’une fondation philanthropique du XXe siècle, la Fondation Simone et Cino Del Duca, aujourd’hui abritée par l’Institut de France. La visite te fait voyager entre ces deux mondes, dans des salons qui ont conservé l’apparat d’une grande demeure privée.
© Fabrice TrinitéL’architecture, un témoin de la Plaine Monceau
Le bâtiment, conçu par l’architecte William Bouwens van der Boijen, affiche un style classique inspiré des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce style était très prisé par les nouvelles fortunes de l’époque, soucieuses d’affirmer leur statut. L’hôtel présente deux visages distincts. Côté rue Alfred de Vigny, tu observes une façade sur cour, sobre et imposante, typique des résidences de ce standing. Mais le joyau se trouve à l’arrière : la façade côté jardin est plus raffinée. Elle donne directement sur le Parc Monceau, un emplacement privilégié qui offre une atmosphère bucolique en plein Paris. Prends le temps de lever les yeux : le fronton triangulaire qui couronne la partie centrale est orné d’un groupe sculpté par Aimé-Jules Dalou, un artiste majeur de la IIIe République. Il représente une allégorie des Arts. Cette façade se tourne vers le parc et révèle l’ambition culturelle et sociale de ses premiers propriétaires.
© Fabrice TrinitéLes salons, au cœur de la Fondation Del Duca
Une fois à l’intérieur, la visite te guide à travers les pièces de réception du rez-de-chaussée et les espaces de travail des étages, aménagés par Simone Del Duca. Les meubles et décors actuels ne sont pas ceux d’origine de la famille Pereire. Ils reflètent plutôt le goût et l’usage que la fondation a imprimés aux lieux.
Le parcours débute par un hall majestueux, éclairé par une grande verrière qui crée un puits de lumière à travers les étages. C’est le centre de la maison, distribuant l’accès aux différents salons et à l’escalier d’honneur. La première pièce que tu découvres est souvent le Salon Cordoue. Son nom vient de ses murs tendus de panneaux de cuir peint, qui créent une ambiance chaleureuse et feutrée au milieu des boiseries sombres. C’est ici que Simone Del Duca avait installé son bureau de réception.
© Fabrice TrinitéLe Grand Salon est la pièce principale. Il s’étend sur plus de 100 m² et se divise en deux espaces par des colonnes. Richement décoré dans un style inspiré du XVIIIe siècle, il présente de grandes cheminées en marbre et des miroirs dorés. Ses hautes fenêtres s’ouvrent sur une terrasse et un jardin avec un accès direct au Parc Monceau, un luxe indéniable. C’est dans ce salon que la fondation organise ses conférences et ses remises de prix, perpétuant la vocation du lieu comme espace de réception et de rayonnement intellectuel.
Juste à côté, la Bibliothèque offre un contraste marqué. Cette pièce plus intime, tendue de velours rouge et meublée de fauteuils confortables, contient les livres rassemblés par Simone Del Duca. Au mur, son portrait par le peintre Jean-Gabriel Domergue la montre jeune, élégante et déterminée. Cette pièce incarne la double mission de la fondation : un lieu de savoir et de mémoire. En montant aux étages, tu aperçois d’autres espaces comme la Salle du Conseil et le Salon Vigny. Ils servent aujourd’hui aux réunions de la fondation et présentent ses différentes actions de mécénat, du grand prix scientifique au soutien à l’archéologie.
© Fabrice TrinitéConseils pratiques
Ce lieu ne se visite pas à l’improviste. L’Hôtel Pereire n’est pas un musée, mais le siège d’une fondation. Il n’est donc pas ouvert au public en permanence. La principale occasion de le découvrir est pendant les Journées Européennes du Patrimoine, chaque année le troisième week-end de septembre. L’entrée est alors libre et gratuite, sans réservation. Cette forte demande explique l’affluence. Pour éviter les files d’attente, souvent longues l’après-midi, viens dès l’ouverture, le samedi ou le dimanche matin vers 10h.
Prévois environ une heure pour la visite. Cela suffit pour parcourir les salons, t’imprégner de l’atmosphère et découvrir l’exposition souvent proposée. Profites-en pour explorer les environs. L’hôtel se situe dans le quartier de Monceau, l’un des plus élégants du 8e arrondissement. La visite se combine parfaitement avec une balade dans le Parc Monceau juste derrière, ou une promenade architecturale pour admirer d’autres hôtels particuliers remarquables, comme les musées Cernuschi ou Nissim de Camondo, à quelques minutes à pied.
Ce qu’il faut savoir avant de venir
Deux points sont utiles à connaître. Premièrement, tu ne visiteras pas une reconstitution historique de la vie des Pereire. L’aménagement intérieur, les meubles et les œuvres d’art que tu verras datent principalement de l’époque où Simone Del Duca a installé sa fondation. Tu feras une plongée dans l’univers d’une grande mécène du XXe siècle, plus qu’un simple voyage au cœur du Second Empire.
Deuxièmement, l’accessibilité peut être complexe. L’entrée principale de l’hôtel se fait par un escalier extérieur en pierre, ce qui peut représenter un obstacle pour les personnes en fauteuil roulant. Cependant, les étages sont accessibles par un ascenseur. Si tu as des contraintes de mobilité, contacte directement la fondation avant ta visite. Tu connaîtras ainsi les dispositions spécifiques mises en place lors des ouvertures au public.
Pourquoi je te le conseille
Je te recommande ce lieu pour le privilège de pousser une porte habituellement close et de découvrir un Paris confidentiel. Tu auras l’occasion de ressentir l’atmosphère d’un grand hôtel particulier de la Plaine Monceau et de comprendre comment ces lieux d’histoire continuent de vivre aujourd’hui. Cette visite offre une double lecture enrichissante : celle de la saga des Pereire, bâtisseurs du Paris moderne, et celle du couple Del Duca, figures de la presse et de la philanthropie.















