
Prévois ~1h00 sur place, avec une affluence 4/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Le dernier cabinet de taxidermie de Paris. C'est un musée où tout est à vendre. Tigres, ours, papillons... C'est fascinant et beau. Même si tu n'achètes rien (c'est cher !), la visite est un voyage naturaliste incroyable.
Histoire et contexte
L’histoire de la Maison Deyrolle démarre en 1831, quand Jean-Baptiste Deyrolle, un passionné de sciences naturelles, ouvre son premier établissement parisien. À cette époque, le monde est en pleine exploration, et l’engouement pour l’entomologie et la taxidermie atteint des sommets. Sa boutique devient vite un lieu de référence pour collectionneurs et scientifiques. Mais c’est son petit-fils, Émile Deyrolle, qui lui offre sa plus grande renommée. En 1888, il installe la maison au 46 rue du Bac, son adresse actuelle, dans un somptueux hôtel particulier du XVIIIe siècle. Visionnaire et pédagogue, Émile comprend la puissance de l’observation de la nature comme outil d’apprentissage. Il lance alors la production des célèbres planches pédagogiques Deyrolle, ces grandes affiches illustrées qui vont tapisser les murs des salles de classe françaises pendant plus de 150 ans. Botanique, zoologie, anatomie, instruction civique… Ces leçons de choses par l’image ont formé des générations d’écoliers.
Le XXe siècle voit la maison s’imposer comme une référence, attirant artistes surréalistes, écrivains et cinéastes. Mais un drame survient dans la nuit du 1er février 2008 : un violent incendie ravage le premier étage, détruisant des collections irremplaçables, notamment la quasi-totalité des insectes et de nombreux animaux naturalisés. La nouvelle provoque une vive émotion. Un incroyable élan de solidarité se met en place, porté par des artistes contemporains, des mécènes et des anonymes. Des œuvres sont offertes, des dons affluent, et la maison renaît de ses cendres, restaurée et ses collections en partie reconstituées.
Aujourd’hui, sous l’impulsion de son propriétaire Louis Albert de Broglie, Deyrolle a renoué avec sa mission éducative en l’adaptant aux enjeux de notre temps. La maison préserve un savoir-faire unique et édite de nouvelles planches pédagogiques consacrées au développement durable et à la protection de la biodiversité. Le lieu continue ainsi de faire le pont entre le passé et l’avenir, en utilisant la beauté du monde naturel pour mieux le comprendre et le préserver.
© Fabrice TrinitéCe qu’on y découvre
Ta visite de la Maison Deyrolle se déroule en deux étapes. Tu accèdes d’abord, au rez-de-chaussée, à Le Prince Jardinier, une élégante boutique dédiée à l’art du jardinage, où tu trouveras outils, graines et livres. C’est une jolie introduction. Mais le clou du spectacle t’attend à l’étage. Il te suffit de gravir le grand escalier en colimaçon pour basculer dans un autre monde : un cabinet de curiosités parisien que le XIXe siècle semble avoir figé. Ici, le temps paraît s’être arrêté. C’est à la fois une boutique, un musée et un lieu de contemplation.
Un cabinet de curiosités hors du temps
En arrivant au premier étage, le dépaysement est total. Le parquet craque sous tes pas, la lumière filtre à travers les grandes fenêtres. Tu te retrouves nez à nez avec une ménagerie aussi spectaculaire qu’immobile. Dans les différentes salles qui s’enchaînent, des animaux naturalisés de toutes tailles sont mis en scène : un lion majestueux, un ours polaire dressé sur ses pattes, une girafe qui passe presque la tête par la porte, des zèbres, des tigres, des renards… La qualité de la taxidermie est saisissante, chaque animal semble prêt à s’animer. C’est une plongée immédiate sur tous les continents, sans même quitter Paris.
Une question vient vite à l’esprit : d’où viennent ces animaux ? La maison l’explique très clairement. Les espèces non domestiques proviennent exclusivement de zoos, de cirques ou d’élevages où les animaux sont morts de cause naturelle, de maladie ou de vieillesse. Leur traçabilité est rigoureusement contrôlée. Il n’y a aucune chasse, ce qui te permet d’apprécier la collection avec un regard plus serein, axé sur la beauté et la science. Au-delà des grands mammifères, tu découvriras une profusion d’oiseaux aux plumages éclatants, des coquillages aux formes incroyables, des coraux, des minéraux et des fossiles. Tout ici est à vendre. Chaque pièce porte une étiquette avec son prix, souvent très élevé. Cette double casquette, à la fois musée gratuit et boutique de luxe, rend l’expérience singulière : tu contemples des merveilles, tout en sachant qu’elles pourraient, pour quelques collectionneurs fortunés, quitter leur piédestal.
© Fabrice TrinitéL’entomologie et l’héritage pédagogique
La dernière salle est peut-être la plus fascinante. Bienvenue dans le royaume de l’entomologie. Des murs entiers sont couverts de meubles en bois sombre, percés de dizaines de tiroirs. N’hésite surtout pas à les ouvrir : c’est là que se dissimulent les trésors. Chaque tiroir te dévoile des collections de papillons et d’insectes aux couleurs et aux motifs extraordinaires. Des morphos bleus métalliques aux coléoptères aux carapaces irisées, c’est un festival pour les yeux. L’accumulation, la classification et la minutie de ce travail forcent l’admiration.
Cet art de la présentation fait directement écho à l’autre pilier de Deyrolle : la pédagogie. C’est dans cette ambiance de cabinet scientifique que tu retrouveras les célèbres planches pédagogiques Deyrolle. Tu pourras admirer les originaux ou acheter des rééditions. Ces images, qui ont éduqué des générations de Français, n’ont rien perdu de leur charme et de leur clarté. Elles dialoguent parfaitement avec les spécimens qui les entourent. Aujourd’hui, cette tradition se poursuit avec de nouvelles planches sur des enjeux écologiques, comme le changement climatique ou les espèces menacées. Le lieu a tellement de caractère qu’il a séduit de nombreux artistes, dont le cinéaste Woody Allen, qui y a tourné une scène de son film Midnight in Paris.
Conseils pratiques
L’entrée de Deyrolle est entièrement libre et gratuite, et aucune réservation n’est nécessaire : un atout majeur. Tu peux donc décider d’y passer une tête sur un coup de tête, lors d’une balade dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Si tu cherches la quiétude, vise une visite en semaine, idéalement le mardi matin. Le samedi après-midi est logiquement le moment le plus fréquenté, et l’étroitesse de certaines salles peut rendre la circulation moins agréable. Prévois environ une heure pour explorer l’étage sans te presser, en prenant le temps d’ouvrir les tiroirs et d’observer les détails.
Le parcours est simple. Tu entres dans la boutique de jardinage du rez-de-chaussée, puis tu empruntes le grand escalier sur ta gauche pour monter vers le cabinet de curiosités. Les salles sont en enfilade et la visite se fait de manière très intuitive. Situé dans le 7e arrondissement, ce lieu insolite est une idée de visite parfaite par temps de pluie, car tout se passe en intérieur. C’est aussi une sortie fascinante à faire en famille, qui émerveille souvent les enfants et pique leur curiosité.
Les limites à connaître avant de venir
Le point faible majeur de la Maison Deyrolle est son accessibilité. Disons-le clairement : le lieu est totalement inaccessible aux personnes en fauteuil roulant. La collection se trouve au premier étage et le seul moyen d’y accéder reste un grand escalier ancien en colimaçon. Il n’y a aucun ascenseur, ce qui rend la visite impossible pour les personnes à mobilité réduite. C’est une contrainte essentielle à connaître avant de prévoir ta venue.
Sache aussi que la vue d’animaux naturalisés peut heurter la sensibilité de certains visiteurs, y compris des enfants. Même si l’approche est scientifique et que les animaux sont présentés avec beaucoup de soin, l’expérience peut être troublante. Enfin, ne t’attends pas à un musée moderne. Deyrolle est un lieu de contemplation, figé dans une esthétique du XIXe siècle. Il n’y a aucun dispositif interactif, écran tactile ou animation. C’est ce qui fait son charme, mais cela peut aussi dérouter les plus jeunes enfants, habitués à des expériences plus dynamiques.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille cette visite pour l’impression singulière qu’elle te laissera : celle d’entrer dans un monde secret en plein Paris. Tu y vivras une plongée dans l’imaginaire des grands explorateurs et naturalistes du XIXe siècle. Deyrolle est un lieu poétique. Il interroge notre rapport à la nature, à la science et à la beauté, et te donnera sans doute matière à réflexion.















