Prévois ~15 min sur place, avec une affluence 4/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
Place Marcel Aymé à Montmartre, un homme sort littéralement du mur. C'est un hommage à l'écrivain. C'est la photo rigolote et littéraire à faire en passant. Touche sa main pour la chance (elle est toute polie !).
Histoire et contexte
La sculpture que tu découvres sur cette petite place raconte une histoire : celle d’une amitié profonde et d’un attachement au quartier. L’écrivain Marcel Aymé (1902-1967) a vécu longtemps à Montmartre, dans un appartement rue Norvins, juste à côté. La Butte était son décor, son inspiration, le théâtre humain qu’il dépeignait avec un mélange unique de justesse et de fantastique. C’est ici qu’en 1943, il publie le recueil de nouvelles Le Passe-muraille, dont le titre est tiré de la plus célèbre. L’histoire d’un homme ordinaire qui traverse les murs prend un sens fort en pleine Occupation.
Des décennies plus tard, en 1989, un de ses amis proches décide de lui rendre un hommage durable. Cet ami, c’est Jean Marais (1913-1998), l’acteur mythique du cinéma français. Marais était aussi un artiste aux multiples talents, doué pour la peinture et la sculpture. Très touché par la mort de l’écrivain, il imagine cette œuvre en bronze. Elle ancre ainsi son ami dans son quartier, pour toujours. Cette sculpture n’est pas une commande publique anonyme. C’est le geste personnel et affectueux d’un artiste envers un autre, qui rend palpable un conte fantastique au cœur des rues qui l’ont inspiré.
Ce qu’on y découvre
Quand tu arrives sur la Place Marcel Aymé, ce qui frappe, c’est le réalisme fantastique de la scène. Un homme semble littéralement sortir d’un mur de pierre, le corps à moitié engagé, le visage figé dans un effort éternel. Contrairement aux monuments classiques, cette sculpture du Passe-Muraille à Paris n’est pas sur un socle. Elle fusionne avec l’architecture, donnant l’impression de surprendre un événement surnaturel en pleine action. C’est une œuvre qui raconte une histoire captivante.
L’histoire de Dutilleul, l’homme qui traversait les murs
La sculpture donne vie à Dutilleul, le héros de la nouvelle de Marcel Aymé. C’est un modeste employé de bureau sans histoires qui vit à Montmartre. Un jour, il se découvre un don extraordinaire : il peut traverser les murs sans aucune difficulté. D’abord effrayé, il finit par apprécier ce pouvoir. Il l’utilise pour se venger des petites humiliations de son chef, puis pour commettre des cambriolages audacieux. Il signe ses exploits sous le nom de Garou-Garou.
Ce don lui permet aussi de vivre l’amour avec une femme mariée et malheureuse, qu’il rejoint à travers les murs de sa chambre. Un jour, après avoir pris des cachets pour un mal de tête, il réalise que son pouvoir a disparu. Le drame survient alors qu’il quitte sa maîtresse : en traversant le dernier mur, son don s’évanouit d’un coup. Il se retrouve à jamais pétrifié, prisonnier du mur de la rue Norvins. L’œuvre de Jean Marais capture exactement cet instant tragique. Elle montre cet élan interrompu qui fige le personnage entre deux mondes : le réel et l’imaginaire.
Une œuvre, deux hommages
En t’approchant, tu remarqueras les nombreux détails de la sculpture en bronze. Le mouvement est saisissant : la jambe gauche est déjà dehors, le bras droit lutte pour s’extraire, et la main gauche, tendue, semble chercher un appui. C’est cette main que les passants touchent traditionnellement. Tu la reconnaîtras facilement : elle est dorée et polie par des milliers de caresses, signe que beaucoup y cherchent la chance.
Pourtant, le détail le plus émouvant se trouve ailleurs. Jean Marais a fait plus que représenter un personnage de fiction. Pour un hommage plus personnel, il a donné à Dutilleul les traits de l’écrivain Marcel Aymé lui-même. C’est donc le visage de l’auteur que tu vois sortir du mur. Le sculpteur a ainsi fusionné le créateur et sa créature, comme si l’écrivain était rattrapé par son propre imaginaire. Un double hommage, à l’œuvre littéraire et à l’homme, qui l’ancre définitivement dans son quartier fétiche.
Conseils pratiques
Comprends bien la nature de ce lieu : le Passe-Muraille de Paris est une étape charmante, parfaite pour une photo amusante. Ce n’est pas une destination en soi qui justifie un déplacement dédié. Intègre-le comme une curiosité lors d’une balade plus large dans le quartier de Montmartre. Tu le trouveras à l’écart des foules de la Place du Tertre, dans une zone plus calme et authentique de la Butte. La visite est très rapide : compte 15 minutes maximum pour lire l’histoire, admirer la statue et prendre quelques photos. L’accès est gratuit et permanent, sur l’espace public.
Pour profiter du lieu tranquillement, viens en semaine, idéalement le matin. Le mardi matin, par exemple, est souvent très calme. Évite absolument le samedi après-midi : le flux de touristes explorant le 18e arrondissement y est à son maximum. La petite place peut vite être pleine. Il devient alors difficile de s’approcher ou de photographier la sculpture seul. Participe au petit rituel local : serre la main gauche du personnage. Beaucoup le font pour la chance, comme en témoigne son aspect doré et usé.
Ce qu’il faut anticiper
Garde à l’esprit que tu ne verras qu’une sculpture sur une petite place. Il n’y a rien d’autre à visiter sur place. Le plaisir vient de la découverte et de l’histoire qu’elle te raconte. Elle sert d’excellente transition, par exemple, entre le Moulin de la Galette et une balade dans les rues secrètes de la Butte. Pour les familles, c’est une étape ludique. Les enfants adorent son histoire, facile à raconter comme un conte.
Sur l’accessibilité, le lieu ne pose pas de problème majeur. La place est de plain-pied et le trottoir permet d’approcher la sculpture en fauteuil roulant sans difficulté. La vraie difficulté est le quartier lui-même : Montmartre est ardu pour les personnes à mobilité réduite. Ses rues pavées, ses pentes raides et ses escaliers sont nombreux. Les stations de métro proches, comme Lamarck-Caulaincourt ou Abbesses, sont réputées pour leurs escaliers interminables et leur manque quasi-systématique d’ascenseurs. Si tu as des contraintes de mobilité, prévois ton trajet en amont.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille cette petite halte pour sa poésie et son intelligence. Ce n’est pas qu’une statue : c’est un morceau de littérature qui s’anime sous tes yeux, là où l’écrivain l’a imaginé. Elle capture parfaitement l’esprit de Montmartre, ce village où le réel et le merveilleux ont toujours fait bon ménage.











