## Histoire et contexte

Comprends d'abord une particularité locale avant de t'y rendre : il existe deux églises Saint-Honoré d'Eylau, à quelques centaines de mètres l'une de l'autre. L'histoire débute avec la plus ancienne, construite en 1852 sur ce qui est aujourd'hui la **place Victor-Hugo**. À cette époque, le quartier connaissait une forte expansion. Cette première église de style néo-roman est vite devenue trop petite pour une communauté grandissante. L'idée de construire un édifice plus vaste a alors émergé, mais les projets ont tardé à se concrétiser. En attendant, une solution temporaire fut trouvée : l'édification d'une chapelle annexe, plus grande et plus fonctionnelle.

Cette chapelle, qui deviendra l'actuelle **Église Saint-Honoré d'Eylau**, fut érigée en 1896 au 64 bis de l'avenue Raymond-Poincaré. L'architecte **Paul Marbeau** la conçut comme une solution provisoire, en attendant un grand chantier qui ne verra jamais le jour. Pendant des décennies, les deux lieux de culte ont coexisté au sein de la même paroisse. La situation a été clarifiée en 1974 seulement : la chapelle de l'avenue Raymond-Poincaré est officiellement devenue l'église paroissiale principale. L'ancienne église de la place Victor-Hugo, quant à elle, a été confiée aux moniales de Bethléem, qui l'occupent aujourd'hui comme monastère. C'est donc bien la nouvelle église que tu t'apprêtes à visiter.

Au fil du XXe siècle, ce lieu est devenu le cœur battant d'une paroisse influente du 16e arrondissement. Il a accueilli des événements qui ont marqué l'histoire de la capitale. C'est ici, par exemple, qu'ont eu lieu les obsèques de plusieurs personnalités de premier plan. Le 3 mai 1922, la France y rendait un dernier hommage à l'ancien président de la République **Paul Deschanel**. Plus tard, le 29 octobre 1957, une foule immense se pressait aux abords de l'église pour les funérailles quasi nationales du couturier **Christian Dior**, un événement qui a rassemblé le Tout-Paris de la mode et de la politique.

## Ce qu'on y découvre

Quand tu entres dans l'**église Saint-Honoré d'Eylau**, prépare-toi à une vraie surprise. Derrière une façade sage et attendue se cache un volume intérieur audacieux. L'architecture métallique de la fin du XIXe siècle y déploie toute sa légèreté. Au-delà de cette curiosité structurelle, le lieu abrite de remarquables trésors artistiques Art déco et témoigne d'un engagement social étonnant pour le quartier.

### L’architecture, un contraste surprenant

La première impression, depuis l'avenue, est celle d'une église assez classique pour son époque. L'architecte **Paul Marbeau** a dessiné une façade d'inspiration **néo-romane**, qui emprunte notamment au style des églises de Ligurie, en Italie. Le jeu des briques et des pierres claires crée un motif sobre mais élégant. Pourtant, cette enveloppe de pierre ne laisse rien deviner de ce qui t'attend à l'intérieur.

Une fois la porte franchie, tu changes radicalement d'univers. Oublie les piliers massifs et les voûtes de pierre traditionnelles. Ici, l'espace est entièrement structuré par une fine armature de fer, laissée apparente. De minces colonnes métalliques s'élancent vers le plafond, soutenant des arcs-boutants et des fermes qui dessinent une nef d'une incroyable légèreté. L'influence des grandes Expositions Universelles de la fin du siècle, et notamment de la Tour Eiffel, est palpable. L'espace ressemble presque à une halle industrielle ou à un marché couvert, baigné de lumière grâce aux nombreuses ouvertures. Ce choix technique, dicté par des impératifs de coût et de rapidité de construction pour ce qui ne devait être qu'une chapelle provisoire, crée un volume aéré et dégagé, où le regard porte sans obstacle jusqu'au chœur.

### Les trésors artistiques Art déco

Le point d'orgue de la visite artistique est sans conteste le remarquable ensemble de vitraux. Réalisés au début du XXe siècle, ils sont l'œuvre du maître-verrier **Félix Gaudin**, une figure majeure de son temps. Ces vitraux de style **Art déco** constituent une collection riche et cohérente qui illumine l'ensemble de la nef et des bas-côtés. Chaque verrière, souvent offerte par un donateur, raconte la vie d'un saint ou d'une sainte avec une grande clarté narrative. Les couleurs sont vives et les traits nets. Le tout sert une vocation très pédagogique. Prends le temps de les observer : ils sont un témoignage exceptionnel de l'art du vitrail à la charnière entre l'Art nouveau et l'Art déco.

Sur la gauche en entrant, ne manque pas la **chapelle Sainte-Thérèse**. C'est un petit bijou Art déco à elle seule. Ses murs sont entièrement recouverts de fresques réalisées par le peintre **Alfred Sauvage**. Elles illustrent les sept sacrements dans un style très caractéristique des années 1920-1930, avec des formes stylisées et des couleurs douces. La chapelle possède sa propre petite coupole en vitraux qui diffuse une lumière apaisante. Dans la nef, tu observes les quatorze stations du **chemin de croix**, peintes par **Joseph-Jean-Félix Aubert**. L'église abrite également un bel orgue de tribune, un instrument du facteur **Mutin** datant de 1903.

### Une paroisse vivante et engagée

Pour saisir pleinement le lieu, comprends que Saint-Honoré d'Eylau n'est pas qu'un monument historique. C'est une paroisse de quartier extrêmement active. Sa vitalité se manifeste concrètement. L'une de ses initiatives les plus connues est **Habits 16**, un vestiaire solidaire installé dans les sous-sols de l'église.

Cette action détonne dans l'un des quartiers les plus aisés de Paris. Il ne s'agit pas d'une friperie ou d'une boutique vintage ouverte à tous. C'est une action caritative réservée aux personnes en situation de précarité, qui peuvent y acquérir des vêtements à des prix symboliques sur présentation d'un justificatif délivré par les services sociaux. Cette dimension sociale, discrète mais essentielle, donne au lieu une profondeur inattendue et ancre cette paroisse historique dans les réalités contemporaines de la ville.

## Conseils pratiques

Sur l'adresse, sois vigilant avant de te déplacer. Il existe en réalité deux églises Saint-Honoré d'Eylau à quelques pas l'une de l'autre, et la confusion est fréquente. Celle qui nous intéresse, l'église paroissiale active, se trouve au **64 bis avenue Raymond-Poincaré**. L'autre, l'ancienne église, est située sur la **place Victor-Hugo** et abrite aujourd'hui un monastère. Ne te trompe pas de destination si tu veux découvrir l'architecture métallique et les vitraux Art déco.

L'église ouvre généralement de 8h30 à 19h30 en journée. Garde en tête que c'est un lieu de culte actif. Il est arrivé que des visiteurs la trouvent fermée en dehors des célébrations, notamment le week-end. Pour être certain de trouver porte ouverte, vise les heures des messes (consultables sur le site de la paroisse). Pour une visite au calme, privilégie un passage en semaine. L'entrée est **gratuite**, et l'affluence touristique y est quasi nulle. C'est une excellente option pour une pause tranquille, loin de l'agitation du **Trocadéro** tout proche. Compte environ **30 minutes** pour en faire le tour.

Cette église est une étape intéressante si tu explores le 16e arrondissement. Elle n'est cependant pas une visite obligatoire pour tout visiteur de Paris. C'est une visite qui s'adresse surtout aux curieux, aux amateurs d'architecture de la fin du XIXe siècle ou à ceux qui cherchent à découvrir une facette plus authentique de la vie de quartier parisienne.

### Accessibilité et clarification sur Habits 16

L'accessibilité pour les personnes en fauteuil roulant est assurée. La façade principale comporte un escalier important, mais il existe une entrée latérale aménagée pour permettre un accès de plain-pied à la nef.

Une dernière précision sur le vestiaire solidaire **Habits 16**. Comprends bien que ce n'est pas une attraction touristique ni un bon plan shopping. C'est une action caritative destinée à des bénéficiaires identifiés par des services sociaux. Son existence témoigne de la vocation sociale de la paroisse, mais ce n'est pas un lieu que l'on visite.

Situé dans le quartier Trocadéro et le 16e arrondissement de Paris, Église Saint-Honoré d'Eylau est accessible facilement en transports en commun.

## Pourquoi je te le conseille

Je te recommande ce lieu pour la surprise architecturale qu'il réserve : ce contraste fort entre une façade néo-romane attendue et une structure intérieure en fer, légère et audacieuse, qui évoque une halle industrielle. C'est aussi l'occasion de découvrir un lieu qui, loin d'être figé, vit intensément au présent. Son engagement social surprenant au cœur d'un quartier chic de Paris en est la preuve.
