## Histoire et contexte

La **Fontaine Molière** que tu découvres aujourd'hui à l'angle de la rue de Richelieu a été inaugurée en **1844**. Pourtant, son histoire commence par une réparation symbolique. Avant elle, une petite fontaine, dite Richelieu, occupait les lieux. Elle fut détruite en 1838. On projeta alors de la remplacer par une nouvelle, plus simple. C'est ici que **François-Joseph Régnier** entre en scène. Cet acteur et sociétaire de la prestigieuse **Comédie-Française** voisine, sachant que Molière était mort à quelques pas de là, écrivit au préfet de la Seine. Son idée était audacieuse : pourquoi ne pas dédier ce nouveau monument au plus grand dramaturge français, au lieu d'une simple nymphe anonyme ?

L'idée fit son chemin, mais son mode de financement marqua un tournant dans l'histoire de Paris. Pour la première fois, une **souscription nationale** fut lancée pour financer la statue d'une personnalité qui n'était ni un roi, ni un militaire. Cet hommage populaire lavait un affront vieux de 171 ans. En **1673**, Jean-Baptiste Poquelin, dit **Molière**, était mort juste après une représentation du *Malade imaginaire*. L'Église, qui le considérait comme un pécheur public, lui avait refusé des obsèques religieuses. Il avait fallu l'intervention du roi Louis XIV pour qu'il soit inhumé de nuit, presque en secret. Ce monument public, financé par les citoyens, représentait une reconnaissance tardive et éclatante, consacrant Molière comme une figure essentielle du patrimoine national.

Ce geste a ouvert la voie à une nouvelle conception de l'espace public parisien. Jusqu'alors, les statues célébraient le pouvoir politique et divin. La Fontaine Molière est la première d'une longue série qui allait peupler la ville des figures de ses artistes, écrivains et savants. Elle a ancré l'idée que la grandeur d'une nation se mesure aussi à sa culture.

## Ce qu'on y découvre

Au croisement des rues de Richelieu et Molière, tu ne verras pas une simple fontaine, mais un véritable théâtre de pierre et de bronze. Conçu comme une scène ouverte sur la ville, le monument forme une composition riche et solennelle qui te raconte l'homme, son œuvre et sa postérité. Il s'intègre à la façade d'un immeuble, ce qui le rend encore plus imposant et inattendu dans le paysage urbain.

### L’architecture

L'ensemble a été conçu par l'architecte **Louis Visconti**, un nom important du XIXe siècle à qui l'on doit aussi la fontaine Saint-Sulpice et le tombeau de Napoléon aux Invalides. Il a imaginé une structure monumentale de 16 mètres de haut, en forme d'édicule ou de petit temple. La composition est très classique, avec un grand portique à fronton soutenu par des colonnes corinthiennes. Ce portique abrite la statue principale dans une niche profonde.

Cette architecture sert de décor majestueux pour mettre en valeur les sculptures, qui sont les véritables actrices du monument. Elle crée une sorte de retable laïc dédié au théâtre, où chaque élément a sa place et son rôle. Visconti a réussi à donner à l'ensemble une présence scénique indéniable, transformant un simple angle de rue en un hommage vibrant et visible de loin.

### Les détails à observer

Quand tu t'approches, le monument te livre toute sa richesse. Prends le temps de lever les yeux et d'examiner chaque sculpture, car elles forment un tout cohérent.

La statue principale, en bronze, est l'œuvre de **Bernard Seurre**. Elle représente **Molière** assis, dans une pose méditative, la plume à la main, comme s'il venait d'interrompre son écriture pour réfléchir. Son regard semble se diriger vers la Comédie-Française, sa maison. C'est une représentation à la fois sobre et puissante, qui capture l'image de l'intellectuel au travail.

De chaque côté du piédestal, deux magnifiques allégories en marbre blanc ont été sculptées par **Jean-Jacques Pradier**, l'un des plus grands sculpteurs de l'époque. Elles incarnent les deux facettes du génie de Molière. À droite, la **Comédie légère** (ou enjouée) esquisse un sourire, son masque à la main. À gauche, la **Comédie sérieuse** a une expression plus grave, presque tragique. Elle rappelle que Molière fut aussi un critique féroce des mœurs de son temps. Un conseil utile : approche-toi pour lire les **parchemins** qu'elles déroulent. Tu y trouveras la liste gravée d'une grande partie des œuvres de Molière. C'est un détail qui ancre l'hommage dans le concret de son travail.

Tout en haut, le fronton est couronné par un petit Génie, également de Pradier, qui tient des couronnes de laurier pour célébrer la gloire du dramaturge. Enfin, à la base du monument, trois mascarons à tête de lion sont censés cracher l'eau dans la vasque. Ce sont les seuls éléments qui rappellent la fonction première du lieu, celle d'une fontaine. Le lieu même est symbolique : le monument a été érigé juste en face de l'emplacement de la maison où Molière est mort, à l'ancien n°40 de la rue de Richelieu. Cette proximité a même donné lieu à une guerre des plaques : pendant des années, les deux immeubles voisins se sont disputé l'honneur d'être la véritable maison mortuaire. Les historiens ont fini par trancher définitivement.

## Conseils pratiques

Ne considère pas la **Fontaine Molière à Paris** comme une destination à part entière. C'est avant tout une étape remarquable, une halte pleine de sens lors d'une balade dans le quartier. Elle ne justifie pas un déplacement à elle seule, sauf si tu es un passionné de l'histoire du théâtre. Pour vraiment l'apprécier, intègre-la dans un itinéraire qui explore les environs. Tu peux par exemple commencer par la Comédie-Française, traverser les jardins du Palais Royal, puis rejoindre la fontaine. C'est une excellente façon de conclure une promenade dans ce coin du **1er arrondissement**, si riche en histoire littéraire et politique.

Le monument étant sur la voie publique, il est accessible gratuitement, 24h/24. Compte environ **15 minutes** pour en faire le tour et en observer les détails. Pour en profiter dans le calme, le meilleur moment est sans doute le **mardi matin**, quand l'agitation du quartier est encore modérée. Évite si possible le samedi après-midi, où le flux de passants dans la rue de Richelieu peut rendre l'observation moins agréable. Pour l'accessibilité, le monument se trouve sur un trottoir assez large et doté de passages surbaissés, ce qui permet une approche et une observation sans difficulté pour une personne en fauteuil roulant.

### Ce qu'il faut savoir avant de venir

Quelques points sont bons à garder en tête. D'abord, ce monument n'est pas classé aux Monuments Historiques, ce qui peut surprendre. Il est cependant protégé par le Plan Local d'Urbanisme (PLU) de la ville de Paris.

Ensuite, et c'est une anecdote connue des vieux Parisiens : cette fontaine a la réputation de ne pas souvent couler. Historiquement, elle a souvent été à sec, ce qui a fait l'objet de critiques ironiques au fil du temps. Un projet de rénovation complète, incluant la remise en eau et un nouvel éclairage, a été annoncé pour 2022. Il est donc possible que tu la trouves aujourd'hui en parfait état de marche, mais cette information peut varier.

Enfin, souviens-toi que tu es face à une œuvre d'art urbain. L'expérience consiste à prendre le temps de la regarder, de la détailler et de comprendre son histoire. Il n'y a ni billet, ni porte à franchir, juste un moment de contemplation offert au cœur de la ville.

## Pourquoi je te le conseille

Je te recommande de t'arrêter devant cette fontaine parce qu'elle raconte une page singulière de l'histoire de Paris. C'est l'un des premiers endroits où la ville a décidé que la gloire de ses artistes valait bien celle de ses rois. Les parchemins gravés que déroulent les allégories de Pradier résument cette bascule : la culture prend ici sa place, monumentale et définitive, au cœur de la cité.
