## Histoire et contexte

Construit entre **1910 et 1911**, cet hôtel particulier est l'œuvre de l'architecte **Hector Guimard**. Il était déjà connu pour ses entrées de métro parisiennes et le célèbre Castel Béranger. La commande vient de **Paul Mezzara**, un industriel du textile d'origine vénitienne, spécialisé dans la dentelle et la broderie. Mezzara n'était pas un client ordinaire : artiste et mécène, il était aussi vice-président de la Société des Artistes Décorateurs, comme Guimard. Sa volonté : une maison qui serait à la fois un lieu de vie familial et une vitrine pour son art, un manifeste de l'art décoratif moderne. Guimard a donc conçu un édifice où l'architecture elle-même fait écho au métier de son propriétaire : les motifs sculptés dans la pierre, le bois de la porte, ou le fer forgé des balcons rappellent les entrelacs d’une dentelle.

Le lieu a connu plusieurs vies. Paul Mezzara n'y vécut que très brièvement, à peine deux ans, avant de le quitter suite à un divorce. Dès 1930, la demeure est rachetée et transformée en un établissement scolaire privé réputé, le Cours Lacascade. En **1956**, l'État l'acquiert pour l'Éducation Nationale. Il devient alors une annexe du lycée Jean-Zay, servant d’internat pour jeunes filles. Cette fonction scolaire, même si elle manque de glamour, l'a sans doute protégé de la destruction ou de dénaturations majeures. Désaffecté en **2015**, l'hôtel particulier est resté inoccupé pendant des années, avant qu'un projet ambitieux ne prenne forme pour lui redonner vie.

Aujourd'hui, un projet de musée émerge, porté par l'entrepreneur et collectionneur **Fabien Choné** et l'association **Le Cercle Guimard**. Après une longue mobilisation, une promesse de bail a été signée en **juillet 2025** entre l'État, propriétaire des murs, et les porteurs du projet. L'objectif : transformer ce chef-d'œuvre en péril en premier grand musée parisien dédié à Hector Guimard et à l'Art nouveau, avec une ouverture espérée pour 2028.

## Ce qu'on y découvre

Quand tu visites l'**Hôtel Mezzara aujourd'hui**, pense-y sur deux plans. Tu peux admirer concrètement sa façade, témoignage exceptionnel du style de maturité de Guimard. Mais tu peux aussi t'imaginer les trésors intérieurs que le futur **Musée Guimard** dévoilera au public. Viens donc ici avec un double regard : celui de l'amateur d'architecture qui contemple une œuvre, et celui du curieux qui anticipe une ouverture majeure.

### L’architecture extérieure : un Art nouveau assagi et élégant

En arrivant devant le 60 rue Jean de La Fontaine, le calme et l'élégance de la façade frappent d'emblée. Si tu as en tête l'exubérance du Castel Béranger, situé à quelques mètres dans la même rue, tu découvriras ici un **Hector Guimard** différent. C'est le style de sa maturité : les lignes restent souples et inspirées de la nature, mais elles apparaissent plus contenues et maîtrisées. L'asymétrie, chère à l'**Art Nouveau**, est présente, mais elle forme un ensemble harmonieux et équilibré.

Guimard utilise des matériaux simples comme la brique ocre et la pierre de meulière, réservant la pierre de taille aux encadrements et aux éléments structurels. Prends le temps d'observer les détails : la porte d’entrée en bois sculpté, la grille dont les motifs métalliques évoquent des ronces, ou les garde-corps des balcons qui dessinent des courbes fluides. La travée centrale, avec ses deux loggias superposées, attire le regard et apporte de la profondeur à la façade. Chaque fenêtre possède une forme et une taille distincte, pensées pour la fonction de la pièce qu’elle éclaire. C'est l'un des principes fondamentaux de Guimard : la forme extérieure doit découler de l’organisation intérieure. L'ensemble dégage un raffinement discret, loin de la provocation de ses premières créations.

### À l’intérieur : la promesse du futur musée

Sache bien ceci : l'intérieur n'est pas visible actuellement. Pour comprendre pourquoi ce lieu va devenir un musée, il faut connaître ce qu'il abrite. L'organisation de l'hôtel est une prouesse architecturale. Tout s'articule autour d'un immense hall central, une sorte d'atrium qui servait de showroom à Paul Mezzara pour présenter ses créations textiles. Cet espace est inondé de lumière grâce à une spectaculaire **verrière zénithale**, un élément unique dans l'œuvre de Guimard. Un escalier monumental aux lignes sinueuses dessert les étages et les coursives, créant un ensemble à la fois grandiose et fluide.

Le véritable trésor des lieux se cache au rez-de-chaussée, côté jardin : la **salle à manger**. C'est le seul ensemble de mobilier conçu par Guimard à être resté intégralement à son emplacement d'origine. La table, les chaises, les buffets et les vitrines en bois fruitier sont intégrés aux murs, constituant une œuvre d'art totale où architecture et mobilier ne font qu'un. Cet ensemble a miraculeusement survécu à toutes les vies du bâtiment.

Le projet du **Musée Guimard** prévoit une restauration complète de ces espaces. L'objectif est de reconstituer l'atmosphère de 1911, en restaurant les décors, les luminaires et même en recréant les tapis et tentures d’origine. Enrichi par la collection de **Fabien Choné** et des prêts d’autres institutions, le musée ambitionne de devenir pour Paris ce que le Musée Horta est à Bruxelles ou la Casa Batlló de Gaudí à Barcelone : un lieu immersif pour comprendre un artiste et son époque. La future visite te fera plonger au cœur du processus créatif de l'architecte, depuis le bâtiment lui-même jusqu'au plus petit détail de décoration.

## Conseils pratiques

L'information essentielle avant d'envisager ta visite : l'**Hôtel Mezzara est actuellement fermé au public** en vue de sa restauration. Tu ne pourras pas y entrer. L'intérêt de te rendre sur place aujourd'hui est d'admirer sa façade et de la situer dans un contexte plus large, celui d'une promenade architecturale. L'ouverture du musée est annoncée pour **2028**, mais comme pour tout grand chantier de restauration, ce calendrier reste prévisionnel.

L'observation de l'extérieur ne te prendra que quelques minutes. Pour que le déplacement vaille vraiment la peine, je te conseille de l'intégrer à une balade dédiée à l'Art nouveau dans le quartier d'Auteuil. La rue Jean de La Fontaine est une exposition à ciel ouvert de l'œuvre d'Hector Guimard et une vitrine de l'architecture du début du XXe siècle.

### Une étape clé de la balade Guimard à Auteuil

Ne t'arrête pas à l'Hôtel Mezzara. Commence ta promenade un peu plus bas dans la rue, au n°14, devant le **Castel Béranger** (1895-1898). C'est l'œuvre manifeste de Guimard, exubérante et colorée, celle qui l'a rendu célèbre. En remontant la rue jusqu'à l'Hôtel Mezzara au n°60, tu constateras concrètement l'évolution de son style en une quinzaine d'années, vers plus de sobriété et d'élégance. Entre ces deux points, d'autres immeubles de l'architecte ponctuent la rue et ses environs. Cette promenade dans le **16e arrondissement** te permettra de mieux saisir la place de l'Hôtel Mezzara dans la carrière de l'architecte et dans l'histoire de ce quartier, qui fut son laboratoire créatif.

Pour l'accessibilité, le bâtiment historique possède une entrée avec des marches. Aucune information n'est encore disponible sur les aménagements pour les personnes en fauteuil roulant lors de l'ouverture du musée. Il faudra attendre l'avancée des travaux pour en savoir plus. Pour le moment, l'observation depuis la rue ne pose évidemment aucune difficulté.

## Pourquoi je te le conseille

Je te recommande de passer voir ce lieu, non pas pour une visite classique, mais pour le plaisir d'observer un projet en pleine gestation. C'est une chance de découvrir la coquille d'un futur grand musée parisien. En la comparant aux autres œuvres de Guimard dans la rue, tu comprendras pourquoi cette maison est si précieuse. C'est une visite pour les curieux et les passionnés d'architecture, un avant-goût de ce qui s'apprête à devenir l'un des nouveaux cœurs culturels de la capitale.
