Prévois ~30 min sur place, avec une affluence 3/5, et un accès facile depuis Paris intra. Viens sans réservation pour une visite sans stress.
C'est l'escalier mythique de Montmartre, celui qu'on voit sur toutes les photos avec ses réverbères. La montée est raide mais la vue sur le nord de Paris est top. C'est l'âme de la butte : romantique, physique et populaire.
Histoire et contexte
La rue du Mont-Cenis compte parmi les plus anciennes artères de la butte Montmartre. Avant de devenir une rue parisienne, elle était un simple chemin de terre traversant l’ancien village. Son passé est profondément lié à la légende fondatrice du quartier. Pendant des siècles, on l’a appelée rue Saint-Denis : c’était la voie des pèlerins. La tradition raconte qu’après sa décapitation, Saint Denis, premier évêque de Paris, aurait descendu cette pente, sa tête entre les mains, pour la rincer à une fontaine. Il se serait effondré six kilomètres plus loin, à l’emplacement actuel de la basilique qui porte son nom. Cette voie millénaire, reliant le lieu du martyre au sanctuaire, a façonné pendant longtemps la vie religieuse de la butte.
L’urbanisation bouleverse son destin. Après le rattachement de Montmartre à Paris en 1859, la rue intègre officiellement la voirie parisienne. En 1868, elle change de nom : sa pente très raide lui vaut d’être baptisée rue du Mont-Cenis, clin d’œil au célèbre col des Alpes. Ce tracé accidenté, qui compliquait la circulation, a paradoxalement sauvegardé son charme. Il a attiré de nombreux artistes cherchant l’inspiration dans ses perspectives et sa lumière. Des peintres comme Stanislas Lépine ou Gustave Caillebotte ont immortalisé ses paysages enneigés et ses scènes de vie quotidienne. Le compositeur Hector Berlioz y a même résidé, au numéro 22, trouvant dans le calme de la butte un refuge propice à la création. L’escalier que tu t’apprêtes à gravir est une plongée dans le temps, sur les traces des saints, des pèlerins et des artistes.
Ce qu’on y fait
L’escalier du Mont-Cenis n’est pas une attraction à part entière, mais un itinéraire privilégié pour découvrir Montmartre sous un autre angle. Plutôt que de suivre la foule agglutinée autour du funiculaire, tu peux opter pour cette approche par le versant nord. C’est une montée plus discrète, plus progressive, qui te plonge dans l’histoire du quartier, couche après couche. C’est aussi l’un des plus longs escaliers de la butte, mais il est segmenté en plusieurs volées : tu auras le temps de souffler et d’observer. Chaque palier t’offre un nouveau point de vue, une façade intéressante, ou une ruelle qui s’échappe. En grimpant, tu ne te bornes pas à monter au Sacré-Cœur, tu remontes le temps. L’expérience est plus physique, bien sûr, mais surtout plus riche : elle te connecte directement à l’esprit de cet ancien village.
Un parcours à travers les âges
Ta balade commence idéalement tout en bas de la butte, là où la rue du Mont-Cenis croise la rue Marcadet. C’est là, au numéro 63, que se dissimule une tourelle d’angle souvent ignorée : elle appartient à une maison du XVe siècle, considérée comme la plus vieille de Montmartre. Prends un instant pour l’observer. Ce vestige médiéval marque le véritable début de ton voyage historique. En commençant à monter, tu suis les pas des habitants d’un Paris disparu. L’ascension est jalonnée de plusieurs séries de marches. Le tronçon le plus emblématique, entre la rue Cortot et la rue Saint-Vincent, compte à lui seul 81 marches.
À mesure que tu t’élèves, le paysage se transforme. Les immeubles haussmanniens cèdent la place à des maisons plus anciennes, des ateliers d’artistes, des petits jardins suspendus. Le bruit de la ville s’estompe. Tu débouches finalement au sommet, au pied de l’église Saint-Pierre de Montmartre. Cette église, située au numéro 2 de la rue, est l’une des plus anciennes de Paris. Consacrée en 1147, elle témoigne de l’époque où Montmartre était une abbaye royale. En quelques minutes, tu auras traversé près de quatre siècles d’histoire, reliant la plus vieille maison du quartier à l’un des plus anciens lieux de culte de la capitale.
Le Montmartre des peintres et des vues cachées
En gravissant ces marches, tu saisis rapidement pourquoi Montmartre a tant fasciné les peintres. Les perspectives changeantes, la lumière jouant avec les toits et les feuillages, l’enchevêtrement des ruelles… tout invite à la contemplation. Des artistes comme Gustave Caillebotte ont su capter l’atmosphère si particulière de la rue du Mont-Cenis, souvent sous la neige, quand le silence enveloppe la ville. Pendant ta montée, n’oublie pas de te retourner. Contrairement aux vues spectaculaires sur Paris depuis le parvis du Sacré-Cœur, cet escalier te dévoile un panorama différent, plus intime, sur le nord de la capitale.
Tu verras s’étendre les toits du 18e arrondissement, un paysage urbain plus populaire et moins monumental, mais tout aussi authentiquement parisien. Au loin, la Plaine Saint-Denis et ses constructions modernes se dessinent, contrastant avec le charme villageois de la butte. C’est ce dialogue entre le Montmartre d’hier et le Grand Paris d’aujourd’hui qui rend cette vue si intéressante. Cette montée est aussi une invitation à la flânerie. N’hésite pas à explorer les rues adjacentes, comme la rue Cortot, où se trouve le Musée de Montmartre, ou la rue Saint-Vincent, qui longe les célèbres vignes du Clos Montmartre.
Une alternative au chemin des foules
Opter pour l’escalier du Mont-Cenis pour atteindre le sommet de la butte, c’est choisir la tranquillité. Montmartre, quartier très visité de Paris, voit souvent ses accès principaux saturés. La plupart des visiteurs empruntent le funiculaire ou les 222 marches de la rue Foyatier, qui le borde. Ce chemin est direct, certes, mais il manque de charme et te plonge d’emblée dans la foule de la place du Tertre et du Sacré-Cœur. La montée par la rue du Mont-Cenis, elle, t’offre une expérience radicalement différente.
Ici, pas de boutiques de souvenirs à chaque coin de rue, ni de vendeurs à la sauvette. Tu croiseras surtout des habitants du quartier, des gens qui promènent leur chien ou rentrent chez eux. L’ambiance y est plus authentique, presque provinciale. C’est une douce immersion dans le quotidien montmartrois. Même le week-end, si les promeneurs sont plus nombreux, l’affluence reste sans commune mesure avec celle des axes principaux. C’est l’itinéraire idéal si tu cherches à t’éloigner de l’agitation pour mieux ressentir l’esprit du lieu. Tu atteindras le sommet avec le sentiment d’avoir mérité la vue, et surtout, d’avoir découvert un passage que la plupart des visiteurs ignorent.
Conseils pratiques
Ne vois pas cet escalier comme une simple destination pour une photo, mais plutôt comme un itinéraire pour accéder au cœur de Montmartre. L’emprunter dans le sens de la montée est la meilleure façon d’apprécier le voyage historique qu’il propose, en te menant des confins de la butte jusqu’à son sommet spirituel. L’accès est bien sûr gratuit et possible à toute heure. Prévois environ 30 minutes pour monter tranquillement, en incluant des pauses pour admirer la vue et prendre des photos. Pour profiter du calme et d’une belle lumière, un matin de semaine, comme un mardi matin, est idéal. Le dimanche après-midi, l’ambiance est plus animée, mais reste agréable.
Sois conscient de l’effort physique : la pente est raide et les marches sont nombreuses. Ce n’est donc pas un parcours adapté si tu as des difficultés à te déplacer. Pense bien à distinguer la rue du Mont-Cenis, qui s’étire sur plus de 1,3 km, de sa seule section en escalier. Enfin, comme souvent à Montmartre, les escaliers se ressemblent. Ne le confonds pas avec d’autres volées de marches célèbres, comme celles de la rue Foyatier, qui longe le funiculaire, ou de la rue du Calvaire, près de la place du Tertre. Cette particularité du 18e arrondissement fait tout son charme.
Accessibilité
Soyons très clairs : l’escalier du Mont-Cenis est totalement inaccessible aux personnes à mobilité réduite. Il s’agit d’une longue succession de volées de marches, parfois très raides, sans aucun aménagement alternatif. L’accès est impossible pour un fauteuil roulant, extrêmement compliqué avec une poussette, ou pour toute personne ayant des difficultés à marcher. Il n’existe ni rampe, ni ascenseur, ni plan incliné pour le contourner.
Pourquoi je te le conseille
Je te conseille cet escalier parce qu’il est l’antidote au Montmartre touristique. En le gravissant, tu ne suis pas un parcours balisé, mais une véritable ligne d’histoire qui te mène de la plus vieille maison du quartier à l’une des plus anciennes églises de Paris. C’est une approche plus intime et authentique de la butte, qui te récompense par des vues discrètes et une tranquillité que tu ne trouveras nulle part ailleurs.











